Le marché régional des titres publics de l’UMOA a une nouvelle fois démontré sa profondeur et sa résilience. La Côte d’Ivoire et le Mali ont mobilisé avec succès 153,30 milliards FCFA sur le marché au cours de la semaine du 14 au 18 septembre 2026, confirmant l’appétit intact des investisseurs pour la signature souveraine ouest-africaine.
Au total, les deux Trésors avaient mis en adjudication 140 milliards FCFA. Face à cette offre, la demande a été particulièrement vigoureuse avec des soumissions globales de 174,34 milliards FCFA, soit un taux de couverture exceptionnel de 124,53%. Au terme des opérations de dépouillement et d’allocation, 87,93% des soumissions ont été retenues, preuve d’une sélectivité assumée par les émetteurs sur les prix.
La Côte d’Ivoire locomotive économique de l’Union a levé 109,65 milliards FCFA lors de son adjudication du 15 septembre 2026, contre 100 milliards FCFA initialement recherchés. Soit une surperformance de près de 10 milliards. L’opération, d’une architecture diversifiée composée d’un BAT à 364 jours et de trois OAT à 3, 5 et 7 ans, a enregistré 127,67 milliards FCFA de soumissions, soit un taux de couverture de 127,67%. Le taux d’absorption s’est établi à 85,89%, le Trésor ayant refusé les offres jugées trop chères.
L’OAT à 3 ans a recueilli à elle seule 78,49 milliards FCFA, devenant la coqueluche des investisseurs, contre 20,39 milliards pour celle à 5 ans et 10,77 milliards pour l’OAT à 7 ans. Le BAT à 364 jours, qui n’avait reçu que 1,70 milliard FCFA de soumissions, n’a fait l’objet d’aucune allocation. Abidjan privilégie clairement l’allongement de la maturité de sa dette. Les rendements moyens pondérés, reflet du coût de la dette, se sont établis à 6,29% sur 3 ans, 7,07% sur 5 ans et 7,15% sur 7 ans, des niveaux compétitifs pour la signature ivoirienne.
Le Trésor malien a mobilisé 43,65 milliards FCFA lors de son adjudication du 16 septembre 2026, pour un montant recherché de 40 milliards FCFA, soit également une levée au-delà de l’objectif. L’opération a suscité 46,67 milliards FCFA de soumissions, soit un taux de couverture de 116,68% et surtout un taux d’absorption remarquable de 93,52%, le plus élevé de la semaine, traduisant une adéquation quasi parfaite entre l’offre du Mali et les attentes du marché. Dans le détail, le Trésor malien a retenu 2,26 milliards FCFA sur le BAT à 364 jours, 36,39 milliards sur l’OAT à 3 ans et 5 milliards sur l’OAT à 5 ans. L’OAT à 3 ans a ainsi concentré l’essentiel des montants mobilisés, confirmant la préférence des investisseurs pour ce compartiment. Les rendements moyens pondérés ressortent à 5,02% sur 364 jours, 7,73% sur 3 ans et 7,59% sur 5 ans. Une courbe légèrement inversée entre le 3 et le 5 ans qui témoigne des arbitrages fins des investisseurs.
La semaine a toutefois été marquée par le report de deux opérations inscrites au calendrier régional, illustrant la gestion opportuniste des Trésors. Le Bénin a décidé de reporter à une date ultérieure son émission simultanée d’OAT de 40 milliards de FCFA, initialement prévue le 17 septembre 2026. Le Togo a également reporté son émission d’OAT de 35 milliards de FCFA, qui devait se tenir le 18 septembre 2026. Loin d’être un signe de faiblesse, ces reports sont une pratique courante et saine de gestion de la dette. Face à des conditions de marché jugées momentanément moins favorables ou disposant de coussins de trésorerie suffisants, les deux États préfèrent différer leurs sorties pour revenir chercher de meilleures conditions de taux. C’est la preuve d’une gestion souveraine mature du calendrier d’émissions.
Souleymane Coulibaly
