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Le secteur minier confirme son poids dans l’économie malienne: 940 milliards FCFA versés à l’État

Le ministre des Mines, le Pr Amadou Keïta, a dressé un vaste état des lieux du secteur minier malien, jeudi 22 octobre 2026, à l’occasion d’une rencontre avec la presse que son département entend désormais institutionnaliser. Placée sous le thème « L’assainissement du secteur minier au Mali : souveraineté, transparence et partenariat gagnant-gagnant », cette première conférence a permis de faire le point sur les réformes engagées, la gestion des titres miniers, les performances du secteur ainsi que les perspectives de développement des ressources extractives du pays.

Face aux professionnels des médias, le ministre a défendu une vision ambitieuse de la gouvernance minière fondée sur trois piliers jugés indissociables : la souveraineté nationale, la transparence dans la gestion des ressources et un partenariat équilibré avec les investisseurs.

Selon le ministre, le Mali a engagé depuis 2023 une profonde refondation de son dispositif législatif à travers l’adoption d’un nouveau Code minier et d’une loi sur le contenu local. Ces textes visent à garantir une meilleure valorisation des richesses nationales tout en renforçant les retombées économiques au profit des citoyens maliens. Dans cette dynamique, la participation des intérêts maliens dans les projets miniers peut désormais atteindre jusqu’à 35 % du capital, avec une part spécifiquement réservée aux investisseurs nationaux. Le ministre a également révélé que l’audit des sociétés minières a permis à l’État de recouvrer près de 761 milliards de FCFA d’arriérés, témoignant selon lui de la pertinence des mesures de contrôle engagées.

Par ailleurs, il a rappelé que le traitement des demandes de titres miniers avait été suspendu à partir du 28 novembre 2022 afin de procéder à un assainissement en profondeur du cadastre minier. Une opération guidée par les principes de souveraineté, de transparence et de partenariat gagnant-gagnant. Dans le cadre de cette opération de nettoyage du secteur, le ministère a procédé, en octobre 2025, à l’annulation de plus de 90 permis de recherche détenus par des opérateurs n’ayant pas satisfait aux exigences réglementaires.

Cette politique de fermeté devrait se poursuivre, d’autres annulations étant envisagées pour les titulaires de permis ne respectant pas leurs engagements.

Après plusieurs années de gel, le processus de renouvellement des titres miniers amorce son retour à la normale. Le ministre a indiqué qu’entre le 21 août et le 30 septembre 2026, le Conseil des ministres a autorisé, au cours de trois sessions distinctes, le renouvellement de 24 permis de recherche portant sur l’or et le lithium au profit de sociétés de différentes nationalités.

Le Pr Amadou Keïta a insisté sur le fait que ces renouvellements reposent exclusivement sur des critères objectifs et uniformes.

Le ministre a également tenu à rappeler qu’un permis de recherche renouvelé n’ouvre aucun droit d’exploitation et autorise uniquement la poursuite des travaux d’exploration.

Abordant les performances économiques du secteur, le ministre a mis en évidence un paradoxe marquant de l’année 2025.

La production industrielle d’or s’est établie à 42,2 tonnes, contre 54,8 tonnes en 2024, soit une baisse significative principalement imputable aux contre-performances du complexe de Loulo-Gounkoto. Premier site aurifère du pays, celui-ci n’a produit que 5,5 tonnes en 2025 contre 22,5 tonnes l’année précédente. Malgré ce recul de la production, les exportations d’or ont atteint un niveau historique de 2 750 milliards de FCFA, contre 1 610 milliards de FCFA en 2024. Les contributions des sociétés minières aux finances publiques ont également connu une progression remarquable. En 2025, l’État a perçu 940 milliards de FCFA, un niveau inédit pour une production de 42 tonnes d’or, comparativement aux 978 milliards de FCFA générés précédemment avec une production de 55 tonnes.

Les indicateurs du premier semestre 2026 traduisent toutefois une nette amélioration de l’activité minière. La production industrielle d’or a atteint 23,5 tonnes, contre environ 18 tonnes à la même période de l’année précédente, soit une hausse supérieure à 30 %. Ce résultat dépasse également les prévisions initiales, fixées à 21,2 tonnes. Les performances des principales mines expliquent cette progression. Fekola a enregistré une production de 8,85 tonnes, tandis que Loulo a déjà atteint 6,9 tonnes, dépassant ainsi le total réalisé sur l’ensemble de l’exercice 2025.

Fort de ces résultats, le ministère table sur une production nationale de 43,2 tonnes d’or en 2026.

Au-delà de l’or, le gouvernement nourrit de grandes ambitions pour la filière lithium, appelée à jouer un rôle central dans la transition énergétique mondiale. La mine de Goulamina exporte déjà sa production depuis juin 2025. Quant à la mine de Bougouni, inaugurée en novembre 2025, elle a effectué son premier chargement dès le mois de décembre de la même année.

Selon le ministre, l’exploitation combinée de Goulamina et de Bougouni devrait permettre au Mali d’atteindre une capacité de production de 590 000 tonnes de concentré de lithium en 2026, renforçant ainsi sa position parmi les acteurs émergents de cette filière stratégique.

Le Pr Amadou Keïta a également mis l’accent sur les bénéfices territoriaux de l’activité minière. Le Fonds minier de développement local a mobilisé 18,4 milliards de FCFA au titre de l’exercice 2025. Ces ressources sont réparties selon un principe de solidarité territoriale : 50 % pour les communes directement impactées par l’activité minière, soit environ 9,2 milliards de FCFA ; 25 % pour les autres collectivités des zones minières, soit environ 4,6 milliards de FCFA ; 25 % pour les collectivités des autres régions du pays, soit également environ 4,6 milliards de FCFA.

Au total, les 819 communes du Mali ont bénéficié de ce mécanisme, dont la gestion fait l’objet d’un suivi aux niveaux communal, régional et national.

Par ailleurs, le Fonds de financement des infrastructures énergétiques, hydrauliques et de transport a mobilisé 109,14 milliards de FCFA entre janvier 2025 et juin 2026. Ces ressources seront consacrées à la réalisation d’infrastructures structurantes, notamment dans les domaines des routes, du rail et de l’énergie.

Le ministre a également adressé un message de fermeté concernant l’exploitation minière clandestine. Selon lui, la création de la Société du Patrimoine Minier du Mali (SOPAMIM), du Commissariat chargé des activités minières ainsi que de la Brigade spéciale des Mines traduit la volonté de l’État de reprendre pleinement le contrôle du secteur.

Le ministre a dénoncé les pertes économiques, les dégâts environnementaux, la pollution des cours d’eau par le mercure et le cyanure ainsi que les risques sanitaires et sécuritaires dont les récents drames de Danga, dans le cercle de Kangaba, et de Bilalikoto, dans le cercle de Kéniéba, constituent selon lui une illustration tragique. Il a rappelé que la législation minière malienne ne reconnaît aucun régime spécifique dénommé « exploitation minière artisanale mécanisée » ou « attestation d’exploitation artisanale mécanisée », les seules catégories légales étant le permis d’exploitation artisanale et le permis d’exploitation de petite mine.

Fatoumata Traoré

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