Selon une note de la Banque mondiale Région Afrique, l’Afrique de l’Ouest consacre chaque année plus de 3,5 milliards de dollars à l’importation de riz, un aliment de base pour des millions de familles. Pourtant, cette céréale pousse et prospère dans la région. À en croire l’institution, investir dans la production locale permettrait de renforcer la sécurité alimentaire, de créer des emplois, d’augmenter les revenus ruraux et de réduire la dépendance aux marchés mondiaux.
La Banque mondiale précise que l’Afrique de l’Ouest dispose de vastes terres arables, de ressources en eau abondantes et d’une tradition rizicole ancienne. En 2023, les pays de la CEDEAO ont produit près de 24 millions de tonnes de riz, mais ont dû importer 10 millions de tonnes supplémentaires pour combler le déficit. Le manque d’investissements dans la productivité, les infrastructures de transformation et l’accès aux marchés continue de limiter l’essor du secteur.
L’agriculture emploie la majorité de la main-d’œuvre ouest-africaine. La Banque mondiale souligne que, lorsqu’elle est soutenue, la chaîne de valeur du riz des semences à la culture, du transport à la mouture et jusqu’à la vente au détail peut générer des millions d’emplois, notamment pour les jeunes et les femmes.
La Feuille de route du riz 2025-2035 de la CEDEAO, élaborée avec l’appui du Programme de résilience du système alimentaire de la Banque mondiale, de la Fondation Bill & Melinda Gates et d’autres partenaires, fixe un objectif clair : atteindre l’autosuffisance rizicole d’ici 2035. Les projections montrent qu’il est possible de produire 34 millions de tonnes de riz blanchi si les pays comblent le déficit de rendement actuel. Douze bassins de production à fort potentiel ont été identifiés, et des pays comme le Mali, la Guinée et le Sénégal démontrent déjà les bénéfices d’une irrigation ciblée et de semences améliorées.
La CEDEAO estime que l’accroissement de la capacité de production nécessitera entre 15 et 19 milliards de dollars sur dix ans. Une somme importante, mais qui reste inférieure aux dépenses annuelles d’importation. Un secteur rizicole national florissant pourrait générer des revenus durables et réduire la dépendance extérieure.
Trois leviers apparaissent essentiels : Aligner les stratégies nationales sur le cadre régional et favoriser le commerce intrarégional. Mobiliser des financements publics et privés, en s’appuyant sur des outils de financement mixte pour réduire les risques et attirer les capitaux. Renforcer l’information et la transparence des marchés, grâce à de meilleures données de production et prévisions climatiques, afin de guider les décisions des agriculteurs, transformateurs et investisseurs.
En octobre 2025, le Groupe de la Banque mondiale a lancé AgriConnect, une initiative visant à transformer l’agriculture de 300 millions de petits exploitants d’ici 2030. Le Sénégal, le Togo, la Guinée et le Ghana ont déjà signé des pactes dans ce cadre.
Alassane Guindo
