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Coût de la dette africaine: Sidi Ould Tah annonce depuis Londres une riposte de la BAD contre le biais des agences de notation

C’est depuis Londres la capitale britannique, en marge de la conférence de S&P sur les marchés émergents, que le Président de la Banque africaine de développement, Sidi Ould Tah, a dévoilé ce le jeudi 1 er octobre 2026 une nouvelle initiative. L’objectif : doter les États africains des outils pour mieux affronter l’épreuve des notations souveraines.

Pour le patron de la BAD, le mal est identifié. Le continent souffre moins d’un risque intrinsèque que d’un déficit de lisibilité. « Ce qui fait défaut en Afrique, ce sont les données et les infrastructures », a martelé Sidi Ould Tah. Faute d’informations fiables et standardisées, les marchés surévaluent le danger, ce qui fait mécaniquement flamber les taux d’intérêt exigés des emprunteurs africains. Pour inverser cette spirale, l’institution panafricaine va activer sa Facilité africaine de soutien juridique afin de coacher les gouvernements. Au programme : fiabiliser les données économiques, muscler la transparence budgétaire et structurer la préparation technique avant le passage devant les analystes des agences.

L’enjeu est colossal. Comme l’a rappelé Sidi Ould Tah, sur 54 pays africains, seuls trois bénéficient aujourd’hui du précieux sésame de la catégorie « investment grade ». Tous les autres sont relégués au rang spéculatif, avec des coûts de financement prohibitifs. Cette démarche s’articule avec deux autres chantiers majeurs de la souveraineté financière. D’un côté, le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs, appuyé par l’Union africaine, avance sur la création d’une agence de notation proprement africaine. De l’autre, la BAD accélère avec les banques et les fonds de pension locaux pour approfondir les marchés de capitaux domestiques et capter l’épargne intérieure.

Cette initiative de la BAD s’inscrit dans un mouvement plus large de reconquête de la souveraineté financière. Parallèlement, le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), soutenu par l’Union africaine, prévoit le lancement d’une agence de notation panafricaine. Une réponse institutionnelle au sentiment, largement partagé dans les capitales africaines, d’une lecture biaisée et procyclique des agences traditionnelles.

Mais la BAD ne veut pas seulement mieux emprunter à l’extérieur, elle veut emprunter davantage à l’intérieur. La BAD travaille également au développement des financements locaux, en concertation avec les banques et les fonds de pension, afin de renforcer les marchés de capitaux et la mobilisation de l’épargne intérieure. La stratégie est donc double : mieux se défendre face aux agences internationales à Londres, tout en bâtissant à Abidjan, Dakar ou Nairobi des marchés de capitaux capables de financer le développement par des ressources africaines prévisibles.

Nana Touré

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