La nomination par le Roi Mohammed VI, ce mardi 29 septembre 2026, de Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement marocain n’est pas une simple alternance politique. C’est une triple rupture : historique, politique et sociologique.
Depuis l’indépendance en 1956, le Maroc a connu 17 Chefs de gouvernement, tous des hommes. En nommant une femme, le Souverain brise 70 ans de tradition masculine à la tête de l’exécutif. Ce n’est pas anodin dans un Royaume où le Code de la famille, la Moudawana, est au cœur des débats. Cette nomination intervient d’ailleurs après la longue réflexion voulue par le Roi sur la réforme de la Moudawana. Elle en est en quelque sorte l’aboutissement politique.
Fatima Ezzahra El Mansouri, 50 ans, avocate, fille d’un ancien pacha de Marrakech, incarne la réussite par le mérite dans un système encore marqué par le patriarcat. Son parcours première femme bâtonnier de Marrakech, puis maire de Marrakech (2009-2015, puis depuis 2021) est celui d’une femme qui a conquis le pouvoir local, réputé le plus difficile pour les femmes au Maroc. La victoire de son parti, le Parti Authenticité et Modernité (PAM), aux législatives de la semaine dernière, est elle-même un séisme.
Créé en 2008 par Fouad Ali El Himma, proche du Roi, le PAM était souvent décrit comme le « parti de l’administration ». Sa victoire, avec à sa tête une femme, lui donne une nouvelle légitimité : celle des urnes.
En nommant la cheffe du parti vainqueur, le Roi respecte scrupuleusement l’esprit de la Constitution de 2011, renforçant la crédibilité démocratique du Maroc à l’international, à un moment où le Royaume veut s’imposer comme pôle de stabilité.
Face à un PJD islamiste affaibli et à un RNI libéral sortant usé par l’exercice du pouvoir, Fatima Ezzahra El Mansouri incarne le juste milieu : moderniste, libérale sur le plan économique, mais conservatrice sur l’identité marocaine. C’est le profil idéal pour porter le Nouveau Modèle de Développement.
Le symbole est immense, mais les écueils le sont tout autant. El Mansouri devra affronter trois chantiers immédiats : Le chantier économique : Chômage des jeunes à plus de 30%, inflation, stress hydrique sans précédent. Elle devra rassurer les investisseurs et le FMI tout en maintenant la politique sociale royale de généralisation de l’AMO et des allocations familiales. Le chantier politique : Former une coalition. Le PAM n’a pas de majorité absolue. Elle devra négocier avec le RNI, l’Istiqlal et l’USFP. Le chantier sociétal : Elle sera scrutée par les féministes qui attendent une accélération sur la Moudawana, et par les conservateurs qui craignent une « occidentalisation ». Son moindre mot, sa tenue, sa manière de gouverner seront sur-interprétés.
Fatoumata Traoré
