Le diagnostic est implacable et met à nu l’une des contradictions les plus criantes de l’espace UEMOA. D’un côté, un sous-sol regorgeant d’or, de bauxite, de manganèse et désormais d’hydrocarbures. De l’autre, des populations et des entreprises qui vivent encore dans la précarité énergétique et hydrique. C’est à ce grand écart que la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) entend s’attaquer, en faisant des infrastructures de base le socle de sa nouvelle stratégie d’intégration.
Dans plusieurs pays de l’UEMOA, le taux d’accès à l’électricité demeure inférieur à 40%. Pour les 60% restants, l’électricité est un luxe intermittent. Le secteur fait également face à une double peine pour le tissu productif : des coûts prohibitifs pour les entreprises, qui annihilent leur compétitivité, et une fiabilité encore limitée de l’approvisionnement, marquée par des délestages qui paralysent l’activité. Le plus alarmant est la dynamique. Alors que la demande d’électricité, tirée par la démographie galopante, l’urbanisation et l’industrialisation naissante, progresse à un rythme effréné de près de 11% par an, l’offre, elle, ne croît qu’autour de 4% par an. Chaque année, le déficit se creuse de 7 points. C’est une bombe à retardement pour la croissance.
Pour inverser cette courbe, la BOAD entend déployer une doctrine d’intervention à cinq piliers : Renforcer les capacités de production et de transmission, en finançant les grandes centrales et les lignes haute tension qui maillent la région. Soutenir massivement les énergies renouvelables, solaires et hydroélectriques, pour diversifier le mix et réduire la dépendance aux énergies fossiles importées. Accompagner les infrastructures régionales, comme le Système d’Échanges d’Énergie Électrique Ouest Africain (EEEOA/WAPP), pour que le surplus d’un pays puisse éclairer le déficit de son voisin. Appuyer les compagnies nationales d’électricité, souvent exsangues, dans leur redressement financier et opérationnel. Favoriser les solutions off-grid, mini-réseaux et kits solaires, seule réponse viable à court terme pour les zones rurales enclavées.
La zone UEMOA dispose d’un potentiel géologique et minier de classe mondiale. Des découvertes d’hydrocarbures majeures ont également été réalisées au large de la Côte d’Ivoire et de la Guinée-Bissau, faisant miroiter une nouvelle manne.
La BOAD prévoit de rompre avec ce paradigme extractiviste en accompagnant les États dans la mise en valeur durable de ces ressources. L’approche est intégrale : depuis l’amont avec le financement de l’exploration et des études de faisabilité, jusqu’à l’aval avec le développement des acteurs nationaux (les champions locaux) et surtout la création de chaînes de valeur intégrées. L’objectif n’est plus d’exporter de la bauxite, mais de l’alumine, puis de l’aluminium. Ne plus exporter de l’or brut, mais de l’or affiné.
Près de 40 millions de personnes dans la région restent privées d’accès à l’eau potable. Un chiffre qui est une négation du droit le plus élémentaire. Pour contribuer à l’objectif de couverture universelle, la BOAD, banque de développement et non simple bailleur, prévoit d’agir en amont : renforcer l’attractivité des projets en finançant les études et en structurant des montages bancables, et de mobiliser des ressources adaptées aux besoins du secteur, où la rentabilité est faible mais l’impact social est maximal.
Souleymane Coulibaly
