L’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) franchit une nouvelle étape dans la modernisation de ses systèmes de paiement. La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a annoncé l’intégration progressive des Trésors publics des États membres à la Plateforme interopérable du Système de paiement instantané (PI-SPI), une avancée majeure qui devrait transformer la gestion des paiements publics et renforcer l’inclusion financière dans l’espace communautaire.
Dans un communiqué publié le 8 octobre 2026, la BCEAO a indiqué que les Trésors publics de l’Union sont désormais en cours de connexion à la plateforme PI-SPI, infrastructure régionale conçue pour permettre l’exécution instantanée et interopérable des paiements entre les différents acteurs financiers de l’UEMOA. Cette évolution marque une étape décisive dans le processus de digitalisation des finances publiques engagé par la Banque centrale et les États membres, avec pour objectif d’améliorer l’efficacité des transactions entre les administrations publiques, les citoyens et les entreprises.
Grâce à cette intégration, les Trésors publics pourront désormais effectuer et recevoir une large gamme de paiements de manière plus rapide et plus sécurisée. Les opérations concernées incluent notamment le versement des salaires des agents publics, le paiement des bourses d’études, l’octroi de subventions, ainsi que l’encaissement des impôts, taxes et autres recettes publiques.
L’un des principaux avantages de cette plateforme réside dans sa capacité à garantir l’interopérabilité entre les différents établissements financiers. Ainsi, les bénéficiaires et les contribuables pourront recevoir ou effectuer des paiements quel que soit leur établissement bancaire ou leur service de paiement électronique, à condition que celui-ci soit connecté au réseau PI-SPI. La plateforme offre également aux administrations une visibilité en temps réel sur les transactions réalisées, améliorant ainsi le suivi des opérations, la traçabilité des flux financiers et le contrôle des paiements publics.
Parmi les pays de l’Union, la Côte d’Ivoire apparaît comme le premier État à avoir pleinement intégré cette infrastructure. Selon la BCEAO, le Trésor public ivoirien a satisfait à toutes les exigences réglementaires et techniques nécessaires à l’exploitation de la plateforme. Il procède déjà à l’exécution régulière de paiements de masse via le système PI-SPI. Même si l’institution monétaire ne précise pas encore le volume financier des transactions réalisées ni le nombre de bénéficiaires concernés, cette première mise en œuvre constitue une étape importante dans le déploiement régional du dispositif.
Pour les autres États membres de l’Union, la Banque centrale poursuit les travaux d’accompagnement technique afin de faciliter leur intégration progressive à cette infrastructure commune
Au-delà de l’amélioration des délais de paiement, cette initiative répond à plusieurs enjeux stratégiques. Elle vise notamment à réduire les coûts de transaction, limiter les délais administratifs, renforcer la transparence dans la gestion des ressources publiques et améliorer la qualité des services rendus aux usagers.
L’interconnexion des Trésors publics avec les systèmes de paiement instantané pourrait également contribuer à réduire la circulation des espèces dans les transactions publiques, favorisant ainsi une meilleure sécurisation des flux financiers et un accroissement de l’efficacité du recouvrement des recettes fiscales. Pour les gouvernements de l’Union, la digitalisation des paiements constitue désormais un levier essentiel de modernisation de l’action publique et de renforcement de la gouvernance financière.
L’intégration des administrations publiques intervient alors que la plateforme PI-SPI poursuit son déploiement auprès des institutions financières de la sous-région. Selon les données communiquées par la BCEAO, 175 établissements financiers étaient autorisés à proposer leurs services au public au 30 septembre 2026 à travers les huit pays de l’Union.
Le Sénégal arrive en tête avec 43 participants, suivi de la Côte d’Ivoire avec 38 établissements. Viennent ensuite le Burkina Faso (20), le Mali (19), le Bénin (18), le Togo (17), le Niger (13) et la Guinée-Bissau (7).
En facilitant les transactions entre les administrations, les citoyens, les entreprises et les institutions financières, la plateforme pourrait contribuer à démocratiser davantage l’usage des paiements électroniques et à renforcer l’accès aux services financiers pour des millions d’usagers.
L’initiative s’inscrit également dans la stratégie régionale de transformation numérique des économies ouest-africaines, où la digitalisation des paiements est devenue un outil essentiel pour soutenir l’intégration économique, améliorer la compétitivité des États et renforcer la transparence des opérations financières.
À travers la connexion progressive des Trésors publics à PI-SPI, la BCEAO ambitionne ainsi de bâtir un écosystème financier plus moderne, plus inclusif et mieux adapté aux besoins des administrations comme des citoyens, tout en consolidant l’intégration monétaire et économique de l’UEMOA.
Souleymane Coulibaly
