Le projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026 du Sénégal entre dans une phase décisive. Après avoir été rejeté à deux reprises par la Commission des finances et du contrôle budgétaire de l’Assemblée nationale, le texte sera finalement soumis à l’examen des députés en séance plénière le mardi 3 novembre, dans un climat marqué par de vives divergences politiques et des débats nourris autour des orientations budgétaires du gouvernement. Cette nouvelle étape intervient alors que les discussions entre l’exécutif et la majorité parlementaire ont révélé d’importantes divergences sur la sincérité des prévisions budgétaires, la gestion du déficit, le niveau de la dette publique ainsi que l’efficacité des mesures destinées à soutenir le pouvoir d’achat des ménages.
Le premier examen du projet en séance plénière, en début de semaine, avait conduit à son renvoi devant la Commission des finances à la demande du gouvernement. L’exécutif espérait alors lever les réserves exprimées par les députés en apportant des réponses détaillées aux interrogations formulées dans un mémorandum transmis par la commission. Ce document abordait notamment des questions sensibles telles que le financement du déficit budgétaire, les subventions accordées au secteur énergétique, ainsi que le règlement des arriérés de paiement de l’État. Malgré ces échanges et les précisions fournies par les autorités, la Commission des finances et du contrôle budgétaire a maintenu sa position en rejetant à nouveau le projet lors de sa réunion du vendredi 30 octobre.
Le groupe parlementaire PASTEF-Les Patriotes, formation majoritaire au pouvoir, a surpris en annonçant qu’il ne soutiendrait pas le texte dans sa version actuelle. Selon les députés du groupe, les réponses fournies par le gouvernement n’ont pas permis de dissiper les principales préoccupations soulevées lors des précédents débats. Ils reprochent notamment à l’exécutif d’avoir représenté un projet pratiquement inchangé après son premier rejet.
Dans son communiqué, la majorité parlementaire évoque cinq motifs majeurs de désaccord. Les élus dénoncent d’abord ce qu’ils considèrent comme un manque de sincérité budgétaire concernant l’évaluation du déficit public et de la dette. Ils expriment également leurs réserves sur l’efficacité des mesures prévues pour lutter contre la vie chère et protéger le pouvoir d’achat des populations. Les parlementaires pointent en outre des incohérences dans les priorités d’investissement public, estimant que certaines orientations budgétaires ne répondent pas suffisamment aux attentes sociales. À ces critiques s’ajoutent des préoccupations relatives à la transparence budgétaire. Les députés regrettent notamment l’absence de certains documents qu’ils jugent indispensables pour apprécier pleinement la portée du projet de loi. Ils demandent également davantage d’efforts en matière de rationalisation des agences publiques et de contrôle des fonds spéciaux.
Face à ce second rejet, le ministère de l’Économie, des Finances et du Plan a déclaré prendre acte de la décision de la commission tout en réaffirmant son engagement en faveur du dialogue avec les parlementaires.
Au-delà du débat politique, l’enjeu revêt une dimension économique majeure. Le Sénégal évolue actuellement dans un contexte marqué par des marges budgétaires limitées, un accès plus difficile aux marchés financiers internationaux et la poursuite des discussions avec le Fonds monétaire international (FMI). Dans ces conditions, le prolongement de l’incertitude autour de la loi de finances rectificative pourrait compliquer davantage la mobilisation des ressources nécessaires au financement des besoins de l’État pour l’exercice 2026.
Les autorités redoutent notamment un ralentissement de certains investissements publics ainsi qu’une pression accrue sur la trésorerie de l’État. Une telle situation pourrait affecter le financement de plusieurs dépenses prioritaires destinées aux ménages et aux secteurs sociaux.
La séance plénière du 3 novembre apparaît désormais comme un rendez-vous crucial pour l’avenir budgétaire du pays. Elle permettra de mesurer la capacité du gouvernement et de la majorité parlementaire à trouver un terrain d’entente sur les ajustements proposés dans la loi de finances rectificative.
Souleymane Coulibaly
