Dans le cadre du vaste chantier de modernisation et d’humanisation de la Justice malienne, une délégation officielle de haut niveau a effectué, du 31 août au 8 septembre 2026, une mission de travail et d’imprégnation au Sénégal. Au cœur de cette visite stratégique : la surveillance électronique et le port du bracelet électronique, un dispositif d’avant-garde désormais formellement inscrit dans le nouveau Code pénal du Mali. Cette mission d’étude marque le passage d’une intention législative à une opérationnalisation concrète, et illustre la volonté de Bamako de s’adosser aux meilleures pratiques régionales pour réussir une réforme pénitentiaire majeure.
La mise en place du bracelet électronique au Mali répond à une double exigence impérieuse, à la fois humanitaire, sécuritaire et budgétaire. Première exigence : désengorger un système à bout de souffle. Les établissements pénitentiaires maliens, comme nombre de leurs homologues ouest-africains, sont confrontés à une surpopulation chronique, avec des taux d’occupation dépassant souvent 200%. Cette promiscuité est une fabrique de tensions, de violences et, comme l’ont montré de nombreuses études, un terreau fertile pour la radicalisation. Seconde exigence : offrir une alternative crédible à la détention. Il s’agit de permettre aux condamnés éligibles à un aménagement de peine notamment pour des délits mineurs ou en fin de peine de purger leur sanction hors des murs de la prison, sous contrôle judiciaire permanent. Le condamné reste confiné à son domicile à des horaires précis, ses déplacements sont tracés en temps réel par un centre de surveillance.
Au-delà de la simple régulation carcérale, le mécanisme poursuit une ambition plus noble : favoriser la réinsertion sociale. En évitant la rupture totale avec la famille, l’emploi et la communauté, le bracelet préserve les liens sociaux qui sont le meilleur rempart contre la récidive. Il constitue, de ce fait, une mesure profondément respectueuse des droits humains, en évitant l’incarcération systématique, souvent désocialisante et criminogène, pour des infractions de faible gravité.
Le choix du Sénégal comme destination de cette mission n’est pas fortuit. Dakar s’est imposé ces dernières années comme le pionnier incontesté dans l’expérimentation et le déploiement du bracelet électronique en Afrique de l’Ouest francophone. Avec plusieurs années d’expérience, un cadre juridique stabilisé, un centre national de surveillance opérationnel et une jurisprudence naissante, le Sénégal offre un modèle complet dont le Mali entend s’inspirer pour éviter les écueils. La délégation malienne a pu ainsi étudier l’ensemble de la chaîne : choix technologiques des bracelets, interopérabilité avec les opérateurs télécoms, formation des juges d’application des peines, protocoles d’intervention des forces de sécurité en cas de violation du périmètre, et surtout, l’adhésion de l’opinion publique.
Cette coopération Sud-Sud illustre une dynamique régionale vertueuse où les États partagent leurs expériences pour bâtir des solutions endogènes aux défis sécuritaires et sociaux communs, loin des modèles importés et inadaptés.
Souleymane Coulibaly
