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Mali: 944 milliards FCFA levés sur le marché de l’UMOA depuis janvier 2026

Paradoxe saisissant et véritable baromètre de résilience économique. Alors que le Mali traverse l’une des périodes les plus tumultueuses de son histoire récente, entre crise sécuritaire et tensions socio-économiques, la signature souveraine du pays continue d’inspirer une confiance inébranlable aux investisseurs régionaux. La preuve par les chiffres. Selon les données entre le 1er janvier et le 29 septembre 2026, le Trésor public malien a levé la somme colossale de 944 milliards de FCFA sur le Marché des Titres Publics de l’UMOA. Ce montant représente 9,40% de l’ensemble des émissions effectuées par tous les États membres de l’Union sur la même période. Une part de marché considérable qui place Bamako parmi les émetteurs les plus actifs et les plus crédibles de la sous-région.

Dans un contexte où la prudence est de mise, cette performance est loin d’être anodine. Elle démontre que le marché financier régional ne juge pas le Mali à l’aune de ses seules turbulences conjoncturelles, mais sur la solidité de ses fondamentaux de remboursement, la discipline de son Trésor et la rentabilité de ses titres. Les adjudications maliennes, qu’il s’agisse de Bons Assimilables du Trésor (BAT) ou d’Obligations Assimilables du Trésor (OAT), affichent des taux de couverture qui dépassent régulièrement les 100%, avec des investisseurs institutionnels banques, assurances, SGI qui se bousculent. Le rendement attractif offert par le Mali, couplé à un historique de remboursement qui n’a jamais fait défaut au sein de l’UMOA, fait office de prime de risque maîtrisée et recherchée.

Comment expliquer cette confiance qui semble défier la géopolitique ?

Interrogé, un économiste malien spécialiste des marchés de capitaux de l’UEMOA décrypte ce phénomène comme une illustration de la maturité du marché financier communautaire.

« Ce que nous observons avec le Mali est ce que j’appelle la prime à la résilience institutionnelle. Les investisseurs dissocient le risque sécuritaire du risque souverain de contrepartie. Le Mali n’a jamais fait défaut sur le marché de l’UMOA. Le mécanisme de solidarité et de sécurisation de la BCEAO, qui garantit le paiement à bonne date, est plus fort que l’incertitude politique », explique notre interlocuteur sous couvert d’anonymat. Et l’expert de poursuivre : « Ces 944 milliards levés, soit 9,4% du total UMOA, sont un vote de confiance massif. Les investisseurs disent une chose simple : ils croient en la capacité de l’État malien à honorer ses engagements. C’est aussi un signal que la dette malienne reste liquide, rentable et sûre. Dans un environnement UMOA où la liquidité bancaire est abondante, la signature du Mali offre un couple rendement/risque qui reste extrêmement compétitif, en dépit de la situation socio-économique. C’est la victoire du pragmatisme financier sur l’émotion géopolitique», ajoute-t-il.

En réussissant ce tour de force, le Trésor public malien ne se contente pas de financer son déficit et ses projets de développement. Il envoie un message puissant : l’économie malienne, bien que sous pression, conserve des amarres solides avec le système financier régional, et sa crédibilité d’emprunteur reste intacte. Une bouffée d’oxygène budgétaire et un gage de souveraineté financière durement acquis.

Souleymane Coulibaly

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