ECONOMIESActualitésFinancement du commerce en Afrique: entre résilience et nouveaux défis

Financement du commerce en Afrique: entre résilience et nouveaux défis

Le dernier rapport de la Banque africaine de développement (BAD) dresse un état des lieux contrasté du financement du commerce en Afrique. Si les interventions des institutions de financement du développement (IFD) ont permis de réduire le déficit après la pandémie de COVID-19, les tensions géopolitiques récentes menacent d’effacer une décennie de progrès.

En 2024, la demande non satisfaite de financement du commerce en Afrique oscillait entre 74 et 92 milliards de dollars, soit 5,4 % de la valeur totale des échanges de marchandises. Sans l’appui des IFD et des banques multilatérales, ce déficit aurait dépassé les 100 milliards $ par an entre 2020 et 2024.

Or, la hausse des prix du pétrole et des engrais, la dépréciation des devises et le durcissement des conditions de risque bancaire pourraient faire remonter ce déficit à 102,6 milliards $ d’ici 2027, selon les scénarios les plus sévères.

Les banques commerciales africaines n’ont intermédié que 23 % du commerce total entre 2020 et 2024, contre 40 % avant la pandémie. Toutefois, le commerce intra-africain a progressé de manière notable : il représente désormais 34 % du commerce intermédié, soit une hausse de 89 % par rapport aux niveaux pré-pandémiques.

Les banques régionales africaines s’imposent également comme des acteurs clés : six des sept principales banques confirmatrices sont désormais africaines, contre seulement deux dans les enquêtes précédentes.

La pénurie de devises étrangères est citée par 36 % des banques comme principal frein à la croissance du financement du commerce, contre 18 % avant 2019. Les restrictions réglementaires et les limites des services des banques correspondantes accentuent ces difficultés.

Le rapport souligne deux tendances émergentes : Durabilité : 55 % des banques ont intégré des critères environnementaux dans leurs opérations, et 19 % considèrent une partie de leurs portefeuilles comme « verts ». Digitalisation : seules 28 % des banques ont adopté des solutions numériques, freinées par les coûts et l’infrastructure. Pourtant, les avantages sont clairs : réduction des délais (49 %), transparence accrue (40 %), baisse des coûts (35 %) et sécurité renforcée (30 %).

La BAD appelle à renforcer l’architecture financière collective de l’Afrique, en misant sur la numérisation et la durabilité pour consolider la résilience du commerce. Le rapport met en garde : sans une action concertée, les chocs géopolitiques risquent de replonger le continent dans un déficit structurel, freinant son intégration économique et sa compétitivité mondiale.

Aminata Dembélé

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