La Côte d’Ivoire confirme ses performances dans le cadre de l’Évaluation de la politique et des institutions publiques (CPIA) 2025. Selon les résultats communiqués par la Banque mondiale au ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Adama Coulibaly, le score du pays est passé de 3,9 en 2024 à 4,0 en 2025.
Dans une lettre datée du 11 juin 2026, Marie‑Chantal Uwanyiligira, directrice de division pour la Côte d’Ivoire, le Togo, le Bénin et la Guinée à la Banque mondiale, a souligné les progrès réalisés par le pays dans plusieurs domaines évalués au titre de la CPIA 2025. Avec ce résultat, la Côte d’Ivoire se classe au 2ᵉ rang africain derrière le Rwanda, et au 1ᵉʳ rang en Afrique de l’Ouest, avec un score nettement supérieur à la moyenne des pays éligibles à l’Association internationale de développement (IDA).
Cette progression repose notamment sur les avancées enregistrées dans quatre principaux domaines : la gestion économique, les politiques structurelles, l’inclusion sociale, l’équité et la gestion du secteur public.
En matière de gestion économique, la Banque mondiale relève les efforts de consolidation budgétaire, la réduction des déséquilibres, l’amélioration continue des performances fiscales ainsi que la solidité de la gestion de la dette au cours des trois dernières années. En trois ans, la Côte d’Ivoire a fait ce que peu de pays ont réussi après le COVID : réduire son déficit tout en maintenant une croissance à 6,5%. En élargissant l’assiette fiscale la DGI a digitalisé 90% des procédures et en gérant sa dette avec une prudence de banquier suisse. Alors que le Ghana a fait défaut et que la Zambie restructure, Abidjan a émis un eurobond à 7% sans problème.
Les politiques structurelles enregistrent également des progrès, notamment en matière de stabilité financière, de régulation des marchés des facteurs, ainsi que dans les domaines du foncier et du travail. Deux avancées majeures saluées : le secteur financier n’a connu aucune faillite bancaire depuis 2020, grâce à la supervision de la BCEAO, et la réforme foncière a enfin décollé avec l’Attestation de Droit d’Usage Coutumier sécurisée. Sur le marché du travail, le nouveau Code offre plus de flexibilité tout en protégeant les salariés.
Concernant l’inclusion sociale et l’équité, la Banque salue une meilleure priorisation des dépenses publiques et les efforts consacrés à l’éducation, à la formation, à l’alphabétisation et à la protection sociale des populations vulnérables. Les services de proximité et la participation communautaire figurent également parmi les avancées relevées. La Banque ne note plus seulement les routes et les ponts. Elle note à qui ils servent. Elle salue ici le programme de Filets Sociaux, les cantines scolaires qui maintiennent les filles à l’école, les Centres de Santé de Proximité. Et surtout, la participation communautaire : les COGES qui gèrent les écoles. C’est la dimension « équité » du CPIA qui passe de 3,8 à 4,1.4. Le secteur public : l’État qui se digitalise.
La gestion du secteur public constitue le quatrième domaine de progrès, avec des résultats positifs notamment dans l’administration fiscale et centrale et dans la coordination de la gestion des ressources humaines. L’administration fiscale ivoirienne est aujourd’hui l’une des plus digitalisées d’Afrique. Et la fonction publique est pilotée par un Système Intégré de Gestion. C’est technique, mais c’est ce qui fait passer un État de prédateur à régulateur. Le tableau est donc vert. Presque trop vert.
La Banque mondiale relève toutefois un point de vigilance concernant la facilitation du commerce, dont la performance s’est dégradée en raison notamment des difficultés liées à la logistique aux frontières et au temps de séjour des conteneurs à l’importation. C’est le seul point rouge. Le commerce transfrontalier. Les conteneurs passent 12 jours au port d’Abidjan contre 6 à Tanger. Les camions mettent 3 jours pour passer la frontière de Noé vers le Ghana. La logistique, qui devait être la force de la Côte d’Ivoire hub, devient son talon d’Achille. La note Trade chute de 4,0 à 3,5. Et ça plombe la moyenne. La Banque ne s’arrête pas au constat. Elle trace la feuille de route. Pour la poursuite des réformes, elle recommande de renforcer les efforts dans les domaines du financement, de l’efficacité des mesures destinées à améliorer le climat des affaires, des normes du travail et de la facilitation du commerce. Elle préconise également de poursuivre les actions en faveur de l’efficacité du secteur public, de l’impact des politiques sociales et de la prévention de la captation de l’action publique par des intérêts privés.
La Banque mondiale a enfin indiqué que les scores des pays éligibles à l’IDA seront publiés conformément à sa politique d’accès à l’information, les données relatives à la Côte d’Ivoire devant figurer en annexe du rapport. Elle s’est également déclarée disposée à accompagner les autorités ivoiriennes dans la vulgarisation des résultats à travers des séances de présentation.
Avec ce score de 4,0, la Côte d’Ivoire confirme ainsi la dynamique engagée en matière de gouvernance économique et institutionnelle, tout en identifiant les principaux chantiers à poursuivre pour consolider les acquis et accélérer les réformes.
Souleymane Coulibaly
