À travers cet entretien exclusif de Bloomfield Review du mois d’avril 2026, Dr Edoh Kossi Amenounvé dévoile sa vision stratégique pour transformer le Marché Financier Régional en un levier central de développement de l’UEMOA. De l’intégration de l’intelligence artificielle à l’ouverture de la cote aux start-ups et aux industries extractives, découvrez les cinq réformes prioritaires pour faire de la BRVM un moteur de croissance durable et inclusif.
Un parcours académique et professionnel au service de la finance régionale
Formé au Togo puis au Canada, où il a obtenu un MBA et un doctorat en finance, Dr Amenounvé a très tôt acquis une connaissance approfondie des marchés financiers internationaux et africains. Après avoir dirigé la SGI-Togo et exercé comme régulateur au CREPMF, il prend en 2012 les commandes de la BRVM. Son action repose sur trois piliers : l’utilité économique de la bourse pour le financement des États et du secteur privé, sa crédibilité internationale et la diffusion de la culture financière auprès des populations.
« L’accumulation de toute cette expérience… m’a été profitable dans la conduite de mon action qui repose sur une vision stratégique très claire basée sur trois piliers», explique-t-il dans ce deuxième numéro de Bloomfield Review du mois d’avril 2026
L’intégration des marchés africains : une nécessité
Avec 25 bourses actives et une capitalisation de 2 000 milliards USD (1,3 % du total mondial), l’Afrique souffre de la fragmentation de ses marchés. La BRVM, commune aux huit États de l’UEMOA, est citée comme un exemple réussi d’intégration régionale. Pour Dr Amenounvé, l’intégration des marchés de capitaux est incontournable afin de mutualiser l’épargne, réduire les coûts de financement et attirer les grands fonds de pension africains.
Roadshows internationaux : corriger la perception du risque
Depuis 2014, la BRVM organise des roadshows à Paris, Londres, New York, Dubaï ou Johannesburg. Objectif : repositionner la BRVM comme une porte d’entrée crédible vers l’Afrique de l’Ouest. Ces démarches ont permis de diversifier les investisseurs et d’améliorer la liquidité du marché. Prochaine étape : New York, Nasdaq MarketSite, avril 2026.
Démocratiser la culture boursière
Sous le Dr Edoh Kossi Amenounvé, la BRVM ne cesser de multiplier les initiatives pour rendre la bourse accessible : livrets éducatifs, conférences universitaires, salles de marché, digitalisation et réseaux sociaux. L’ambition est claire : faire de l’investissement boursier un réflexe économique naturel, au même titre que l’épargne bancaire.
Les PME au cœur de la stratégie
Consciente du poids des PME dans l’économie de l’UEMOA, la BRVM a lancé en 2017 un Troisième Compartiment et le programme ELITE BRVM Lounge, qui a accompagné 30 PME et permis de lever 37 milliards FCFA via obligations. Toutefois, l’absence de PME cotées s’explique par leur manque de maturité et leur réticence à la dilution du capital. Pour y remédier, la BRVM envisage un marché obligataire dédié aux PME, avec des mini-bonds et basket-bonds adaptés à leurs besoins.
Cinq réformes prioritaires pour transformer la BRVM
Dr Amenounvé identifie cinq chantiers majeurs pour faire de la BRVM un levier central du développement économique de l’UEMOA : Accélérer la transformation technologique : intégration de l’IA, blockchain et big data. Promouvoir une finance inclusive et durable : instruments alignés sur les besoins des populations. Créer de nouveaux produits financiers : ETFs, fonds immobiliers, produits dérivés. Ouvrir la cote aux start-ups et industries extractives : santé, éducation, mines, énergie, agriculture. Vulgariser l’éducation boursière : renforcer la culture financière à tous les niveaux.
Sous la direction de Dr Edoh Kossi Amenounvé, la BRVM s’impose comme un laboratoire d’intégration financière en Afrique. En misant sur la technologie, l’inclusion et l’ouverture aux PME et start-ups, elle ambitionne de devenir un véritable moteur de croissance durable pour l’UEMOA et un modèle inspirant pour le continent.
Souleymane Coulibaly
