En marge des Assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale organisées à Bangkok, la délégation guinéenne, conduite par la Ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, également Gouverneure de la Guinée auprès des deux institutions financières internationales, a pris une part active aux travaux du Caucus des gouverneurs africains. Ces échanges de haut niveau ont réuni les représentants du continent africain autour des dirigeants des deux institutions, Ajay Banga, Président du Groupe de la Banque mondiale, et Kristalina Georgieva, Directrice générale du FMI.
Au cours des discussions avec Ajay Banga, les gouverneurs africains ont abordé plusieurs enjeux majeurs relatifs au financement du développement. Les échanges ont notamment porté sur les besoins croissants de financement des économies du continent, les résultats de l’Association internationale de développement (IDA-21) ainsi que sur les nouvelles trajectoires de croissance susceptibles de soutenir une transformation économique durable.
Les participants ont insisté sur la nécessité d’accroître le financement des petites et moyennes entreprises (PME), véritables moteurs de création d’emplois et d’innovation. Ils ont également plaidé pour une meilleure mobilisation des ressources domestiques, indispensable à la consolidation des finances publiques, tout en soulignant l’urgence d’investir massivement dans les infrastructures structurantes et le capital humain, deux piliers essentiels de la compétitivité des économies africaines.
Intervenant au nom de la Guinée, Mariama Ciré Sylla a mis en lumière l’ambition portée par le programme Simandou 2040, présenté comme un modèle de transformation économique fondé sur la valorisation stratégique des ressources naturelles du pays. La ministre a expliqué que la vision guinéenne consiste à faire des infrastructures ferroviaires et portuaires développées autour du projet Simandou de véritables corridors de croissance capables d’attirer les investissements, de stimuler l’industrialisation et de favoriser l’émergence de nouveaux secteurs économiques. L’objectif affiché est de transformer ces infrastructures en catalyseurs d’activités productives, créateurs d’emplois durables et générateurs de valeur ajoutée pour l’ensemble de l’économie nationale.
Elle a également défendu une politique axée sur la transformation locale des ressources minières afin d’accroître les retombées économiques du secteur extractif. Cette ambition s’accompagne d’un soutien renforcé au secteur privé national, de la promotion de champions économiques capables de rayonner à l’échelle régionale et continentale, ainsi que d’une stratégie ambitieuse de développement des compétences.
À cet égard, la ministre a souligné le rôle central de la Simandou Academy, appelée à former les ressources humaines nécessaires à la réussite de cette transformation structurelle et à accompagner l’émergence d’une économie davantage orientée vers l’innovation et la valeur ajoutée.
À l’issue de cette séquence, le Président du Conseil des gouverneurs africains a officiellement remis à Ajay Banga un mémorandum présentant les engagements, les recommandations et les attentes du Caucus africain concernant la mise en œuvre de l’IDA-21.
Les discussions avec Kristalina Georgieva ont, quant à elles, porté sur les grands défis macroéconomiques auxquels fait face le continent africain. Les gouverneurs ont notamment évoqué les contraintes liées à l’endettement, la vulnérabilité croissante aux chocs climatiques ainsi que les enjeux liés à l’intégration économique régionale.
Les représentants africains ont plaidé pour une meilleure représentation du continent au sein des instances de gouvernance financière internationale. Ils ont également appelé à la mise en place de mécanismes plus efficaces de traitement de la dette, à des financements concessionnels plus accessibles et à un accompagnement du FMI davantage adapté aux réalités économiques et sociales des pays africains.
L’importance stratégique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) a également été soulignée comme un levier déterminant pour accélérer le développement des chaînes de valeur régionales, stimuler les échanges intra-africains et renforcer l’industrialisation du continent.
En réponse, Kristalina Georgieva a réaffirmé le soutien du FMI aux priorités de développement africaines, rappelant que « ce qui est bon pour l’Afrique est bon pour le monde entier ». Une déclaration qui traduit la reconnaissance croissante du rôle du continent dans les perspectives de croissance et de stabilité de l’économie mondiale.
Moussa Traoré
