Le lundi 25 mai 2026 marque un tournant politique majeur au Sénégal : Ahmadou Alhaminou Mohamed Lô, plus connu sous le nom d’Al Amine Lô, a été nommé Premier ministre, succédant à Ousmane Sonko. Cette désignation intervient dans un contexte économique tendu, où la restructuration de la dette publique et la relance de l’investissement constituent des priorités urgentes.
Économiste et banquier de formation, Al Amine Lô est titulaire d’un diplôme d’études de techniques bancaires, ainsi que d’un DEUG, d’une licence et d’une maîtrise en sciences économiques obtenus à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Il a également complété un diplôme en finances islamiques à l’Université de Malaisie, renforçant son expertise dans un domaine stratégique pour le financement innovant.
Son parcours débute à l’école militaire Charles Ntchoréré de Saint-Louis, où il se distingue comme enfant de troupe et major de sa promotion au baccalauréat série D en 1985. Recruté en 1987 à la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), il gravit progressivement les échelons jusqu’à devenir Conseiller Directeur national pour le Sénégal en 2016, puis Secrétaire général de l’institution en 2024.
Au sein de la BCEAO, Al Amine Lô a joué un rôle clé dans les émissions d’eurobonds, les négociations avec les agences de notation internationales, ainsi que dans les discussions avec le Fonds monétaire international. Il a également contribué à la structuration des relations entre banques locales et investisseurs étrangers, notamment dans le secteur gazier et pétrolier, tout en promouvant les mécanismes de la finance islamique.
Son expérience s’étend à la sphère régionale, en tant que membre du groupe de travail sur la monnaie unique de la CEDEAO et administrateur de la Caisse de répartition et de retraites des agents d’encadrement de la BCEAO (CRRAE).
La nomination d’Al Amine Lô intervient dans un contexte économique difficile. Le Sénégal fait face à la restructuration de la dette publique, dossier sensible qui conditionne la stabilité financière et la crédibilité internationale du pays. La relance de la croissance, freinée par les tensions géopolitiques et la volatilité des prix de l’énergie. La mobilisation des financements innovants, notamment via la finance islamique et les partenariats stratégiques, pour soutenir les projets d’infrastructures et d’industrialisation. La restauration de la confiance des investisseurs, indispensable pour attirer les capitaux étrangers et dynamiser le secteur privé. La gestion des attentes sociales, dans un contexte marqué par le chômage des jeunes et les pressions sur le pouvoir d’achat.
En succédant à Ousmane Sonko, Al Amine Lô hérite d’une mission délicate : conduire l’Agenda national de Transformation Sénégal 2050, tout en affrontant les urgences budgétaires et sociales. Sa double expertise militaire et financière lui confère une rigueur stratégique et une capacité de négociation qui seront déterminantes dans ce bras de fer économique.
Souleymane Coulibaly
