Le gouvernement gambien affiche ses ambitions pour l’exercice à venir avec un budget à la fois prudent et volontariste. Ce vendredi 25 septembre 2026, le Ministre des Finances et des Affaires économiques, Seedy K. M. Keita, a présenté devant l’Assemblée Nationale les estimations de recettes et de dépenses pour l’année 2027, articulées autour d’un double impératif : renforcer la résilience économique et consolider la soutenabilité budgétaire.
Dans son exposé, le Ministre Keita a dressé un tableau encourageant de l’état de l’économie nationale. L’inflation, principal baromètre du pouvoir d’achat, a entamé une décrue salutaire, passant de 6% en 2024 à 5,7% en 2025. Une performance à mettre à l’actif d’une meilleure tenue du secteur agricole, du dynamisme du secteur de la construction, de la vigueur retrouvée du tourisme et de l’essor, plus inattendu, des exportations de métaux recyclés. Pour 2027, l’exécutif table sur une croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) projetée à 5,6%, portée par un budget global dont les dépenses et prêts nets sont évalués à 41,05 milliards de GMD, pour des recettes et dons estimés à 40,96 milliards de GMD. Un déficit maîtrisé qui traduit la volonté de ne pas sacrifier la stabilité sur l’autel de la dépense.
e talon d’Achille du budget 2027 reste, sans surprise, le poids de l’endettement. Le service de la dette devrait demeurer une pression majeure sur les finances publiques, avec une hausse vertigineuse de 20,2%. Il passerait ainsi de 13,46 milliards de GMD en 2026 à 16,17 milliards de GMD en 2027.La ventilation des autres postes de dépenses témoigne d’un effort d’équilibrage : Dépenses de personnel : 11,21 milliards de GMD, Biens et services : 8,45 milliards de GMD, Subventions et transferts : 8,31 milliards de GMD, en nette augmentation.
Comme l’a précisé le Ministre, cette hausse des subventions et transferts s’explique par la prise en compte de priorités sociales et structurelles majeures : la fiscalité, l’assurance maladie, les équipements médicaux, les bâtiments administratifs et les infrastructures informatiques.
Au-delà des chiffres, l’annonce la plus structurante de ce budget 2027 est sans conteste une réforme majeure de la gouvernance financière : l’extension du Programme Basé sur les Ressources (PBB) à l’ensemble du gouvernement central. Cette réforme de fond vise à rompre avec la logique de reconduction budgétaire pour lier désormais étroitement chaque dalasi dépensé aux priorités nationales définies dans le Plan National de Développement. L’objectif est double : renforcer la redevabilité fiscale et améliorer radicalement la mesure de la performance de l’action publique. Chaque ministère devra désormais justifier ses allocations par des résultats tangibles.
Revenant sur l’exécution du budget 2026, Seedy K. M. Keita s’est montré rassurant. À fin juin 2026, les dépenses et prêts nets s’élevaient à 15,42 milliards de GMD, soit 42% du budget annuel approuvé, un taux d’exécution conforme aux prévisions. Du côté des recettes, la dynamique est positive. Les recettes nationales, hors dons projets, ont atteint 15,35 milliards de GMD, enregistrant une croissance de 8% par rapport à la même période en 2025, signe d’une amélioration de la mobilisation des ressources internes.
Le Ministre a réaffirmé le cap : le gouvernement poursuivra sa politique de consolidation budgétaire à travers un contrôle strict des dépenses et un recours privilégié aux prêts concessionnels, tout en restant vigilant face aux risques émergents liés aux développements économiques mondiaux.
Les estimations de recettes et de dépenses pour 2027 sont désormais entre les mains des élus de l’Assemblée Nationale, qui devront les examiner et les approuver pour donner au pays les moyens de ses ambitions.
Fatoumata Traoré
