Devant les députés réunis ce mardi 8 septembre 2026, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô a livré une Déclaration de politique générale à la fois lucide et ambitieuse. Diagnostic sévère des finances publiques, dette record et déficit budgétaire en hausse : le chef du gouvernement a dressé un état des lieux sans concession avant de dévoiler un vaste Plan de redressement économique et social de plus de 6 000 milliards de FCFA, destiné à restaurer la crédibilité financière du Sénégal et à renforcer la protection des ménages vulnérables.
Selon les déclarations du Premier ministre Lo, la dette publique consolidée s’établissait à la fin de 2024 à 132 % du PIB, soit près de 23 500 milliards de FCFA, traduisant une pression financière considérable sur l’État. Le déficit budgétaire, quant à lui, a été réévalué à 13,7 % du PIB, confirmant l’ampleur des déséquilibres dans les comptes publics. Sur le plan de l’activité réelle, la croissance hors hydrocarbures est restée limitée à 2,2 % en 2025, révélant la faiblesse de la dynamique économique dans les secteurs productifs. Les projections pour 2025 anticipent un déficit budgétaire de 6,4 % du PIB, signe d’une trajectoire encore fragile malgré les efforts de redressement. La crédibilité financière du pays a été sérieusement entamée par les dégradations successives des agences de notation, avec cinq abaissements par Moody’s et autant par Standard & Poor’s, soit une perte de confiance manifeste des marchés internationaux.
Pour répondre à la gravité du diagnostic posé sur les finances publiques, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô a présenté un plan de redressement d’une ambition de 6 166 milliards de FCFA. Ce programme se veut à la fois un instrument d’assainissement budgétaire et un levier de relance économique. Assainir les finances publiques : le gouvernement entend restaurer la discipline budgétaire et réduire les déséquilibres structurels qui fragilisent la crédibilité financière du pays. Apurer les arriérés de paiements : près de 1 956 milliards de FCFA, correspondant à 5 425 dossiers, devront être réglés afin de rétablir la confiance des partenaires et des acteurs économiques. Réformer les subventions : les 800 milliards de FCFA consacrés aux carburants, dont 65 % bénéficient aux 20 % de ménages les plus aisés, seront réorientés pour plus d’équité sociale et d’efficacité économique. Accroître la mobilisation fiscale : l’État vise un objectif de 303,3 milliards de FCFA, mais le taux de réalisation actuel reste limité à 56,9 %, révélant l’urgence d’une réforme fiscale plus robuste et inclusive.
La Déclaration de politique générale a mis en avant une dimension sociale forte, traduisant la volonté du gouvernement de renforcer la protection des ménages vulnérables. Un filet social sera déployé pour un million de ménages, soit près de 7,8 millions de Sénégalais, afin de réduire les inégalités et d’apporter un soutien direct aux plus fragiles. Actuellement, seuls 355 013 ménages pauvres bénéficient d’une couverture effective, laissant un déficit de 645 636 ménages à combler. La diaspora sénégalaise reste un pilier économique, avec des transferts estimés à 2 642 milliards de FCFA en 2025, représentant une source majeure de financement pour les familles et l’économie nationale.
Sur le plan productif, le Premier ministre a insisté sur la valorisation des ressources naturelles et des instruments financiers stratégiques : Les réserves prouvées sont évaluées à 960 millions de barils de pétrole et 560 milliards de m³ de gaz naturel, offrant des perspectives considérables pour l’avenir énergétique du pays. Le secteur minier devrait générer environ 600 milliards de FCFA de recettes annuelles, contre 370 milliards en 2019, traduisant une montée en puissance des exploitations. Le FONSIS bénéficiera du transfert d’actifs marchands pour 1 000 milliards de FCFA, permettant de mobiliser près de 5 000 milliards de capitaux et de créer 200 000 emplois.
Dans sa Déclaration de politique générale, Ahmadou Al Aminou Lô a placé l’énergie et les infrastructures au cœur de son programme de redressement. Trois axes majeurs se dégagent : Une baisse de 30 % du prix du kWh d’électricité d’ici 2030 : une mesure qui vise à alléger la facture énergétique des ménages et des entreprises, tout en renforçant la compétitivité de l’économie nationale. Cette réduction s’inscrit dans une stratégie de transition énergétique et d’optimisation des coûts de production. L’électrification de 6 471 localités restantes : un objectif ambitieux qui traduit la volonté d’assurer un accès universel à l’électricité. L’enjeu est double : améliorer les conditions de vie des populations rurales et stimuler l’activité économique dans les zones encore enclavées. Le doublement de l’enveloppe sociale : de 70 milliards de FCFA en 2026 à 140 milliards en 2027, cette mesure illustre la priorité donnée à la protection des ménages vulnérables. Elle vise à renforcer les filets sociaux et à accompagner les réformes économiques par un soutien direct aux populations les plus fragiles.
Souleymane Coulibaly
