D’après le dernier rapport sur les perspectives de développement de l’Afrique de l’Ouest publié par la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO(BIDC), l’année 2025 s’est achevée sur une dynamique économique remarquable. La sous-région a enregistré une croissance de 4,8 %, une inflation ramenée à 16,8 %, un déficit budgétaire réduit à -2,6 % du PIB et une dette publique allégée à 49,3 % du PIB. Ces résultats, portés par la reprise agricole, la vitalité des exportations et une meilleure gestion macroéconomique, ont constitué une base solide pour aborder 2026.
Cependant, cette embellie a été rapidement fragilisée par la guerre au Moyen-Orient. Le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le pétrole, le gaz et les engrais, a vu son trafic perturbé, entraînant une flambée des prix mondiaux. Les monnaies ouest-africaines se sont dépréciées face au dollar, tandis que les États ont dû recourir à des subventions et exonérations fiscales pour amortir le choc. Comme le souligne le rapport, ces turbulences « ne diffèrent pas fondamentalement de celles causées par la guerre en Ukraine ou par la COVID-19 » : des crises éloignées, mais aux conséquences bien connues dans la sous-région.
Selon le rapport pour 2026, la croissance devrait ralentir à 4,7 %, avant de rebondir à 4,9 % en 2027. L’inflation ne se résorbera que progressivement, à 11,1 % en 2026 puis 10,2 % en 2027. Le déficit budgétaire se creusera à -3,5 %, conséquence des mesures de soutien aux populations, avant de s’améliorer à -2,9 % en 2027. La dette publique poursuivra sa décrue, tandis que le compte courant affichera un excédent de 3,2 % en 2026.
Le rapport met en garde contre plusieurs menaces : la hausse des prix des engrais et son impact sur la sécurité alimentaire, les pannes d’électricité récurrentes en Côte d’Ivoire, Ghana, Togo, Bénin, Niger et Nigeria, la baisse du cours de l’or, qui fragilise les recettes d’exportation, les pressions sur les taux de change et les réserves de devises.
Malgré ces défis, des opportunités se dessinent. Le Nigeria, désormais autosuffisant en engrais et capable d’exporter des produits pétroliers raffinés, apparaît comme un acteur clé. Le renforcement du commerce intrarégional autour de l’énergie, des intrants agricoles et des denrées alimentaires – pourrait réduire la dépendance aux importations et amortir les crises mondiales. Le rapport insiste sur la nécessité de développer des capacités locales en raffinage, production d’engrais et agriculture, ainsi que de constituer des réserves budgétaires et de change pour anticiper les prochains chocs.
L’Afrique de l’Ouest aborde 2026 avec des acquis solides mais une vulnérabilité persistante. Les performances du Sénégal (+7,9 % en 2025) ou du Bénin (+7,5 %) illustrent le potentiel de la région. Mais pour transformer ces succès en résilience durable, l’intégration économique et le développement des capacités locales apparaissent comme des impératifs.
Fatoumata Traoré
