Le Sénégal s’impose désormais comme l’une des économies les plus dynamiques du continent africain. Selon le rapport Perspectives économiques en Afrique 2026 de la Banque africaine de développement (BAD), le pays bénéficie pleinement du démarrage de l’exploitation de ses ressources pétrolières et gazières, qui propulsent sa croissance à des niveaux inédits.
En 2025, le produit intérieur brut a progressé de 8,3 %, après une hausse déjà soutenue de 6,9 % en 2024. Cette performance place le Sénégal parmi les locomotives économiques de la région. La BAD souligne que cette accélération repose principalement sur le secteur secondaire, dont la croissance a atteint 21 %, grâce à la montée en puissance de la production d’hydrocarbures.
L’essor ne se limite pas aux hydrocarbures. Le secteur primaire (agriculture, élevage, pêche) a enregistré une progression de 7,4 %, les services ont connu une hausse plus modérée de 3,3 %, les exportations ont bondi de 22,7 %, portées par les ventes d’hydrocarbures sur les marchés internationaux. La consommation des ménages et les dépenses publiques sont restées soutenues, contribuant à maintenir une activité économique robuste.
La BAD note une maîtrise relative de l’inflation, qui s’est établie à 1,4 % en 2025, contre 0,8 % en 2024, grâce aux subventions publiques sur les produits énergétiques et alimentaires.
Le déficit budgétaire s’est réduit, passant de 10,9 % du PIB en 2024 à 8,4 % en 2025, et devrait poursuivre sa trajectoire descendante pour atteindre 7,9 % en 2026 puis 7,2 % en 2027.
Le commerce extérieur bénéficie également de l’entrée en production des hydrocarbures : le déficit du compte courant est passé de 13,8 % du PIB en 2024 à 9,2 % en 2025, avec une amélioration attendue dans les années à venir. Le système bancaire reste solide, affichant un ratio de solvabilité de 14,2 %, supérieur aux normes de l’UEMOA.
Malgré ces performances macroéconomiques, les retombées sociales demeurent limitées. Le taux de pauvreté reste élevé à 37,5 %, Le pays se classe 169e mondial selon l’Indice de développement humain (IDH), Le chômage élargi atteint 19,2 %. Le défi majeur consiste à transformer une croissance tirée par les hydrocarbures en une croissance inclusive, capable de générer davantage d’emplois et d’améliorer durablement les conditions de vie des populations.
La BAD alerte sur la soutenabilité des finances publiques. Les besoins de financement du Sénégal sont estimés à 6 075 milliards de FCFA en 2026, soit 26,2 % du PIB, dont près des trois quarts seront consacrés au remboursement de la dette. Le ratio dette publique/PIB atteignait 132 % fin 2024, illustrant la pression croissante du service de la dette sur les finances de l’État.
Pour préserver les perspectives de croissance et réduire les vulnérabilités budgétaires, la BAD recommande au Sénégal de : renforcer la mobilisation des recettes fiscales, élargir le recours aux financements privés, verts et innovants, développer davantage les obligations destinées à la diaspora. Le rapport met également en avant le rôle du marché financier régional de l’UEMOA, où le Sénégal s’est hissé au deuxième rang des émetteurs en 2025, avec plus de 2 224 milliards de FCFA mobilisés.
La réussite de l’Agenda national de transformation « Sénégal 2050 » dépendra autant de la poursuite des réformes économiques que du renforcement de la transparence, de la gouvernance publique et de la discipline budgétaire. Autant de conditions jugées indispensables pour maintenir la confiance des investisseurs et inscrire durablement le pays sur une trajectoire de croissance forte, résiliente et inclusive.
Souleymane Coulibaly
