À peine installé, le gouvernement du Premier ministre Al Aminou Lô voit déjà se profiler une échéance majeure. Ce jeudi 4 juin 2026, le Fonds monétaire international (FMI) a annoncé l’envoi d’une mission au Sénégal. Selon Julie Kozack, directrice du Département de la Communication de l’institution, une équipe se rendra à Dakar la semaine du 15 juin afin de poursuivre les discussions techniques avec les autorités nationales.
Le FMI précise que ces échanges visent à établir une compréhension commune des perspectives macroéconomiques, des besoins de financement du pays et des priorités de réforme. Julie Kozack souligne que ces éléments sont indispensables pour traiter la question sensible de la vulnérabilité de la dette sénégalaise. Elle assure toutefois que l’institution reste engagée aux côtés des autorités, qui ont officiellement sollicité la signature d’un nouveau programme.
Ancien Premier ministre et désormais président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko continue de s’opposer fermement à toute restructuration de la dette. Il affirme avoir reçu des assurances du chef de l’État et du ministre des Finances, confirmant qu’aucun engagement n’a été pris en ce sens. Pour lui, la solution doit passer par des mécanismes alternatifs, notamment des garanties. Mais il juge ces explications peu convaincantes et rappelle que, fort de sa majorité parlementaire, il peut bloquer tout texte allant dans le sens d’une restructuration.
« Mettons les intérêts du pays au-dessus de toute autre considération. Rassurons nos partenaires et investisseurs, car une crise institutionnelle compromettrait tout accord avec le FMI », a-t-il déclaré devant la presse.
Cheikh Diba, ministre de l’Économie et des Finances, conforté dans ses fonctions au sein du nouveau gouvernement, avait déjà reconnu le 16 mai que les discussions avec le FMI s’éternisaient. Selon lui, l’institution adopte une approche particulièrement prudente, notamment à la suite de l’affaire de misreporting. Il insiste néanmoins sur la qualité du dialogue : « Ce qui est positif, c’est que nous nous entendons bien, nous discutons bien », avait-il assuré.
Lors du sommet Africa Forward à Nairobi, le président Faye a rencontré la Directrice générale du FMI. Cheikh Diba rapporte que cette rencontre a permis de lever « beaucoup de zones d’ombre » concernant les instruments que le Sénégal souhaite mettre en œuvre. L’objectif affiché est d’apporter des réponses concrètes aux préoccupations qui freinent les négociations.
Cette annonce du FMI intervient dans un contexte politique et économique délicat. Entre la volonté du gouvernement de sécuriser un nouveau programme et la résistance affichée par Ousmane Sonko, les prochaines semaines seront décisives. La mission de mi-juin pourrait clarifier les positions et déterminer si le Sénégal parvient à concilier ses impératifs de financement avec la préservation de sa souveraineté économique.
Souleymane Coulibaly
