Dans son dernier rapport, la Banque mondiale dresse un constat sévère sur les entreprises publiques de la République démocratique du Congo. Pertes cumulées de plusieurs milliards, dette croissante et gouvernance défaillante : ces structures censées soutenir l’économie nationale se transforment en poids lourd pour les finances de l’État.
Selon le rapport de la Banque mondiale, entre 2014 et 2023, les entreprises publiques congolaises ont accumulé 5,3 milliards USD de pertes, soit près de 530 millions USD par an. Un chiffre qui équivaut au budget annuel de la santé nationale, révélant l’ampleur du déséquilibre.
Le rapport précise que la dette de ces sociétés est passée de 5,7 % du PIB en 2019 à 7,3 % en 2023, représentant désormais 42 % de la dette extérieure publique. Deux mastodontes concentrent l’essentiel du risque : la SNEL (Société nationale d’électricité), qui porte 75 % du fardeau, et la Gécamines, qui en assume 16 %.
Au-delà des chiffres, le rapport pointe une gouvernance opaque et inefficace. Seules 10 des 20 principales entreprises publiques ont publié leurs états financiers en 2024, et seulement 5 de manière régulière sur les cinq dernières années.
Le rôle d’actionnaire de l’État, confié au ministère du Portefeuille, est brouillé par l’ingérence des ministères sectoriels. La nomination des dirigeants reste dominée par des critères politiques, au détriment de la compétence et de la transparence. Les conseils d’administration indépendants et les systèmes d’information fiables font cruellement défaut.
Les déficits chroniques réduisent les marges budgétaires de l’État, limitant les investissements dans la santé, l’éducation et les infrastructures. Dans le secteur énergétique, la SNEL illustre un cercle vicieux : dettes, pertes et incapacité à assurer un approvisionnement fiable en électricité. Les passifs implicites aggravent la situation : arriérés de salaires dépassant parfois 100 mois, dettes fiscales équivalant à 1,6 % du PIB en 2023.
Le rapport appelle à une réforme profonde transparence avec la publication systématique des états financiers. Clarification institutionnelle pour redéfinir le rôle du ministère du Portefeuille et limiter l’ingérence sectorielle. Assainissement afin de réduire les arriérés de salaires et les dettes fiscales. Modernisation pour instaurer des conseils d’administration indépendants et renforcer les systèmes de gestion.
Aminata Dembélé
