Le 15 avril 2026, les autorités de Transition du Mali ont réalisé une opération financière remarquée sur le marché régional UMOA-Titres. À travers une émission combinée de Bons Assimilables du Trésor (BAT) et d’Obligations Assimilables du Trésor (OAT), Bamako visait une levée de 50 milliards FCFA. L’opération s’est soldée par une mobilisation de 55 milliards FCFA, dépassant largement les attentes.
Malgré un contexte politique marqué par des incertitudes, les investisseurs ont répondu massivement. Les soumissions ont atteint 112,58 milliards FCFA, soit un taux de couverture exceptionnel de 225,17 %. Ce niveau de sursouscription témoigne d’une confiance renouvelée dans la capacité de l’État malien à honorer ses engagements financiers.
La répartition des souscriptions confirme la solidité du socle national : 48,57 milliards FCFA proviennent d’investisseurs maliens, la Côte d’Ivoire suit avec 3,7 milliards, le Burkina Faso avec 1,5 milliard, le Bénin avec 1 milliard, le Sénégal ferme la marche avec 0,5 milliard. Cette prédominance des acteurs locaux illustre la capacité du marché financier malien à soutenir l’État, même dans un environnement régional concurrentiel.
Selon Sika Finance, le BAT à 364 jours a concentré l’essentiel de l’intérêt, avec 40,5 milliards FCFA de soumissions et un rendement moyen pondéré de 6,43 %. Le Trésor a par ailleurs adopté une approche sélective, privilégiant les maturités de trois à cinq ans, signe d’une volonté de consolider un financement à moyen terme.
Pour Dr. Amadou Konaté, économiste et enseignant-chercheur à l’Université des sciences économiques de Bamako, cette opération est révélatrice d’une dynamique nouvelle.
« Le fait que près de 90 % des liquidités mobilisées proviennent d’investisseurs maliens traduit une confiance interne remarquable. Cela signifie que, malgré les turbulences politiques, les acteurs économiques nationaux croient en la résilience de l’État et en sa capacité à stabiliser les finances publiques. » Il ajoute que cette sursouscription domestique réduit la dépendance vis-à-vis des capitaux étrangers et renforce la souveraineté financière du pays.
« C’est un signal fort : le Mali démontre que son marché intérieur peut constituer un pilier de financement durable. »
Au-delà des chiffres, cette levée de fonds illustre la capacité du Mali à mobiliser ses propres ressources pour financer ses besoins budgétaires. Elle conforte la crédibilité du Trésor sur le marché régional et ouvre la voie à une stratégie plus affirmée de financement endogène.
Souleymane Coulibaly
