Depuis son accession au pouvoir en 2016, Patrice Talon a imprimé une marque forte sur l’économie béninoise. Sa gouvernance s’est articulée autour de deux Programmes d’Action du Gouvernement (PAG 1 et PAG 2), véritables boussoles stratégiques qui ont orienté les politiques publiques vers la modernisation, la discipline budgétaire et la crédibilité financière. Cette approche a permis au Bénin de renforcer sa position auprès des bailleurs et d’attirer de nouveaux investisseurs.
Les données du FMI et de la Banque mondiale mettent en évidence une trajectoire économique ascendante pour le Bénin au cours de la dernière décennie.
Entre 2016 et 2019, le pays a enregistré une croissance moyenne comprise entre 5 et 6 %, principalement portée par la filière coton et le dynamisme des services. En 2020, la pandémie de COVID‑19 a freiné cette progression, ramenant la croissance à 3,8 %. Dès 2021, l’économie a retrouvé son souffle, affichant des taux supérieurs à 6 % jusqu’en 2023, grâce aux investissements publics et à la résilience du secteur agricole.
L’année 2024 a marqué une performance exceptionnelle avec une croissance de 7,5 %, l’une des plus élevées de la région. Cette progression s’explique par une économie diversifiée où l’agriculture représente 26 % du PIB, les services 49 % et l’industrie 23 %.
Les projections pour 2025 et 2026 annoncent un maintien de la croissance entre 6,5 % et 7 %, confirmant la solidité et la durabilité de cette dynamique.
La décennie de gouvernance de Patrice Talon se distingue par des investissements structurants qui ont profondément transformé le paysage économique du Bénin. Le développement du réseau routier et la modernisation du port de Cotonou ont renforcé la vocation du pays à devenir une véritable plateforme logistique régionale, facilitant les échanges commerciaux et l’intégration sous‑régionale. Dans le secteur énergétique, les efforts déployés ont permis une amélioration notable du taux d’électrification, contribuant à la compétitivité des entreprises et à l’amélioration des conditions de vie des ménages. Parallèlement, l’éducation et la santé ont été placées au cœur des priorités, considérées comme des piliers essentiels pour soutenir une croissance durable et consolider le capital humain. Ces chantiers traduisent une volonté de bâtir une économie plus résiliente et inclusive, capable de répondre aux défis du développement à long terme.
La gestion budgétaire sous Patrice Talon s’est traduite par une amélioration notable des équilibres macroéconomiques. En 2024, le déficit public a été ramené à 3 % du PIB, respectant ainsi pour la première fois en cinq ans le critère de convergence fixé par l’UEMOA. L’inflation, quant à elle, est restée contenue à 1,2 %, bien en deçà du seuil régional de 3 %, ce qui témoigne d’une maîtrise des pressions sur les prix. Par ailleurs, la dette publique a été mieux encadrée grâce à une mobilisation accrue des recettes intérieures et à une gestion prudente des finances de l’État. Ces résultats traduisent une volonté affirmée de consolider la stabilité budgétaire et de renforcer la crédibilité économique du Bénin sur la scène régionale et internationale.
Malgré les avancées enregistrées au cours de la décennie, certaines fragilités continuent de peser sur l’économie béninoise. Les inégalités sociales et régionales demeurent marquées, limitant la portée des réformes sur les populations les plus vulnérables et accentuant les disparités territoriales. Le pays reste également exposé aux chocs extérieurs, notamment aux fluctuations des prix des matières premières et aux aléas régionaux, qui peuvent fragiliser sa trajectoire de croissance. Enfin, des critiques politiques persistent autour de la concentration du pouvoir, soulevant des interrogations sur la durabilité des acquis économiques et sur la capacité des institutions à garantir un développement inclusif et équilibré.
À l’approche de la présidentielle du 12 avril, le bilan économique de Patrice Talon dresse l’image d’un Bénin plus dynamique et mieux organisé. La décennie écoulée a été marquée par une croissance soutenue, une inflation contenue et une gestion budgétaire assainie, autant de signes d’une gouvernance axée sur la stabilité et la crédibilité financière. Toutefois, la véritable interrogation réside dans la pérennité de ces acquis : seront‑ils capables de se traduire en améliorations concrètes et durables pour l’ensemble des citoyens béninois ? C’est cette équation entre performance macroéconomique et impact social qui déterminera la portée réelle de l’héritage économique de Talon.
Souleymane Coulibaly
