Face à une urbanisation rapide, à une croissance démographique soutenue et à une demande résidentielle en constante progression, la question du logement s’impose aujourd’hui comme l’un des grands défis structurels de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). C’est dans ce contexte que la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) a organisé, en marge de l’Africa Financial Industry Summit (AFIS) 2026, une table ronde stratégique consacrée à l’avenir de l’habitat dans l’espace communautaire.
Placée sous le thème évocateur « Bâtir l’avenir de l’UEMOA : financer un habitat durable, inclusif et moteur de souveraineté énergétique », cette rencontre a réuni des acteurs majeurs du financement du développement, de la gestion des risques et de l’investissement immobilier autour d’une préoccupation commune : comment répondre efficacement à un déficit de logements estimé à près de 3,5 millions d’unités tout en favorisant un modèle d’habitat accessible, résilient et respectueux des impératifs environnementaux.
Dans la plupart des pays de l’UEMOA, l’accès à un logement décent demeure un défi majeur pour des millions de ménages. La hausse du coût du foncier, les difficultés d’accès au crédit immobilier, la faiblesse des financements de long terme et l’urbanisation accélérée contribuent à creuser un déficit qui freine à la fois le développement social et la transformation économique de la région.
Au-delà de la simple question du toit, les participants ont souligné que le logement constitue un levier essentiel de stabilité sociale, de création d’emplois et de croissance économique. Dès lors, la réduction du déficit immobilier apparaît comme une condition indispensable pour accompagner l’émergence des économies ouest-africaines.
Les débats ont particulièrement porté sur les mécanismes permettant de rendre le logement plus accessible aux populations à revenus faibles ou irréguliers, souvent exclues des circuits traditionnels de financement. Les intervenants ont mis en avant la nécessité de développer des instruments financiers innovants capables de mobiliser davantage de ressources à long terme tout en renforçant les systèmes de garantie et de partage des risques. Une telle approche permettrait aux institutions financières d’accorder plus facilement des crédits immobiliers à des catégories de population aujourd’hui insuffisamment couvertes.
Pour les experts présents, la démocratisation de l’accès au logement passe également par une meilleure structuration des marchés hypothécaires et par l’implication accrue des banques de développement dans l’accompagnement des projets d’habitat social et intermédiaire.
Au cœur des échanges figurait également une ambition plus large : transformer le secteur de l’habitat en moteur de la souveraineté énergétique de l’UEMOA.
Les participants ont insisté sur les opportunités offertes par la finance climat, qui pourrait devenir un puissant catalyseur de financement pour les projets immobiliers intégrant des normes environnementales renforcées. Les discussions ont notamment porté sur la promotion de bâtiments sobres en énergie, capables de limiter leur consommation électrique tout en améliorant le confort des occupants. La construction bioclimatique a été présentée comme une solution particulièrement adaptée aux réalités climatiques de l’Afrique de l’Ouest. Cette approche privilégie une conception architecturale tirant parti des conditions naturelles de température, de ventilation et d’ensoleillement afin de réduire significativement les besoins énergétiques des bâtiments. Les matériaux locaux ont également occupé une place centrale dans les réflexions. Leur utilisation accrue pourrait contribuer à réduire les coûts de construction, limiter l’empreinte carbone des projets et renforcer les chaînes de valeur industrielles nationales.
Modérée par Abdou Diop, Managing Partner de Forvis Mazars, la table ronde a rassemblé plusieurs personnalités reconnues du secteur du développement et de l’investissement. Parmi les intervenants figuraient Moubarak Moukaila, Directeur du Financement du Développement Durable à la BOAD, Emmanuel Cheick Oumar Barry, Directeur du Département Santé, Éducation et Immobilier de l’institution régionale, Zeynab Cissé, Head of Business Development à African Risk Capacity, ainsi que Laureen Kouassi Olsson, Secrétaire générale Afrique du Groupe Duval.
Leurs échanges ont mis en évidence la nécessité d’adopter une approche multidimensionnelle associant institutions financières, États, promoteurs immobiliers, investisseurs privés et partenaires techniques afin de répondre durablement aux besoins croissants en logements.
Nana Touré
