À l’heure où l’Afrique cherche à redéfinir sa place dans l’économie mondiale, le président kényan William Ruto a lancé un appel vibrant en faveur d’un partenariat plus ambitieux et plus équilibré entre le continent africain et la Russie. S’exprimant lors du Troisième Forum économique et humanitaire Russie-Afrique, organisé au Kremlin à Moscou, le chef de l’État kényan a défendu une vision fondée sur la création de valeur locale, la transformation économique et une coopération tournée vers l’avenir.
Dans son intervention, William Ruto a rappelé que l’Afrique a, pendant des générations, contribué de manière considérable à la création des richesses mondiales grâce à l’exploitation de ses abondantes ressources naturelles, humaines et stratégiques. Toutefois, selon lui, le continent n’a longtemps bénéficié que d’une part infime de la valeur générée par ces ressources, une situation qui a freiné son développement économique et limité les retombées positives pour ses populations.
Face à ce constat, le dirigeant kényan a affirmé que les dirigeants africains sont désormais résolus à changer ce paradigme historique. Il a souligné la volonté croissante des États africains de bâtir des partenariats internationaux fondés sur une logique de transformation structurelle des économies, plutôt que sur la simple exportation de matières premières. L’ambition, a-t-il expliqué, est de permettre à l’Afrique de tirer davantage de prospérité de ses ressources tout en offrant à ses partenaires étrangers de nouvelles opportunités d’investissement et de croissance mutuellement bénéfiques.
Dans cette perspective, William Ruto a invité la Fédération de Russie à approfondir son engagement économique sur le continent en privilégiant les investissements dans les capacités productives. Le président kényan a notamment cité plusieurs secteurs stratégiques appelés à devenir les moteurs de la prochaine phase de développement africain, notamment l’éducation, l’agriculture, la recherche scientifique, l’innovation technologique, la santé ainsi que l’intelligence artificielle.
Pour le chef de l’État, ces domaines constituent des piliers essentiels pour renforcer la compétitivité des économies africaines, stimuler la création d’emplois qualifiés et accélérer la montée en gamme des chaînes de valeur locales. En favorisant le transfert de technologies, le développement des compétences et l’industrialisation, ces investissements pourraient contribuer à transformer durablement le paysage économique du continent.
Au-delà des enjeux d’investissement, William Ruto a également appelé à une réforme profonde de l’architecture financière internationale. Selon lui, les mécanismes actuels de financement du développement ne répondent pas suffisamment aux réalités et aux besoins des nations africaines. Le président kényan a ainsi plaidé pour des institutions financières mondiales plus inclusives, plus équitables et davantage orientées vers les priorités de développement des pays du Sud.
Cette demande s’inscrit dans un mouvement plus large porté par de nombreux dirigeants africains, qui réclament une meilleure représentation du continent dans les instances économiques mondiales ainsi qu’un accès plus favorable aux ressources financières nécessaires à la réalisation de leurs ambitions de croissance et de transformation.
Par son discours à Moscou, William Ruto a ainsi réaffirmé la volonté de l’Afrique de passer d’un rôle historique de fournisseur de ressources à celui d’acteur majeur de la création de valeur mondiale. Un message qui traduit les nouvelles aspirations du continent : bâtir des économies plus résilientes, plus innovantes et plus souveraines, tout en développant des partenariats internationaux fondés sur l’équité, l’investissement productif et la prospérité partagée.
Moussa Traoré
