Adopté en Conseil des ministres en septembre dernier puis transmis au Conseil national de Transition (CNT), le projet de loi de finances 2027 du Mali fait actuellement l’objet d’un examen approfondi depuis l’ouverture de la session budgétaire du 5 octobre 2026. Ce texte, qui fixe les grandes orientations financières de l’État pour l’année à venir, traduit la volonté des autorités de poursuivre l’assainissement des finances publiques tout en soutenant une trajectoire de croissance économique plus ambitieuse.
Dans un contexte marqué par des défis sécuritaires persistants, des contraintes budgétaires élevées et des besoins sociaux considérables, le gouvernement ambitionne de renforcer la mobilisation des ressources internes afin de réduire progressivement le déficit budgétaire et de consolider la résilience de l’économie nationale.
Pour l’exercice 2027, les recettes budgétaires globales sont projetées à 3 866,64 milliards de FCFA, contre 3 372,90 milliards de FCFA dans la loi de finances rectificative de 2026. Cette évolution représente une hausse de 14,64 %, soit un gain de près de 493,74 milliards de FCFA. Cette progression devrait être portée principalement par le renforcement des mécanismes de collecte fiscale, l’amélioration du recouvrement des recettes et la poursuite des réformes destinées à élargir l’assiette fiscale. Elle s’appuie également sur un environnement plus favorable pour le secteur minier. La hausse des cours internationaux de l’or et du lithium, deux ressources stratégiques pour l’économie malienne, pourrait en effet générer des recettes additionnelles significatives pour les finances publiques.
Parallèlement, les charges budgétaires atteindraient 4 462,65 milliards de FCFA en 2027, contre 3 993,32 milliards de FCFA en 2026, soit une augmentation de 469,33 milliards de FCFA, équivalente à une progression de 11,75 %. Cette hausse reflète les nombreux engagements de l’État, notamment dans les domaines de la sécurité, de la défense, des infrastructures et du développement économique. Toutefois, les dépenses dites de souveraineté continuent d’exercer une forte pression sur les finances publiques.
Dans un contexte où la lutte contre l’insécurité demeure une priorité nationale, une part importante des ressources publiques reste orientée vers les besoins sécuritaires, réduisant de facto les marges de manœuvre budgétaires disponibles pour d’autres secteurs stratégiques tels que l’éducation, la santé, l’accès à l’eau potable, l’énergie ou encore l’emploi des jeunes.
Malgré les importantes dépenses prévues, les autorités affichent une volonté de consolidation budgétaire. Le déficit budgétaire devrait ainsi reculer à 596,01 milliards de FCFA en 2027 contre 620,43 milliards de FCFA en 2026. Cette amélioration de 3,93 % traduit les efforts entrepris pour renforcer l’autonomie financière de l’État et réduire progressivement les déséquilibres budgétaires.
Dans la même dynamique, le taux de couverture des dépenses par les recettes propres passerait de 84,5 % à 86,6 %, signe d’une capacité accrue du Trésor public à financer ses charges à partir des ressources domestiques.
Au-delà des équilibres budgétaires, le gouvernement table sur une accélération de l’activité économique au cours des prochaines années.
Le Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle 2027-2029 fixe ainsi un objectif de croissance réelle moyenne de 6,5 % par an. Cette cible apparaît sensiblement supérieure aux performances récentes de l’économie malienne, qui avait enregistré une croissance de 4,1 % en 2025, tandis que celle de 2026 est estimée à 5,5 %.
Les autorités comptent notamment sur le dynamisme du secteur minier, la poursuite des investissements publics et la montée en puissance de plusieurs réformes structurelles pour atteindre cet objectif.
Dans son rapport d’évaluation publié en septembre 2026, la Banque africaine de développement (BAD) souligne toutefois que l’un des principaux défis demeure l’élargissement de la base fiscale.
L’institution financière met en avant le poids considérable du secteur informel dans l’économie nationale et recommande son intégration progressive dans le système fiscal afin de renforcer durablement les recettes publiques. Cette orientation est d’autant plus importante que le Mali cherche à réduire sa dépendance aux financements extérieurs et à renforcer la soutenabilité de ses finances publiques dans un environnement international marqué par un accès plus coûteux aux ressources financières.
Selon les données disponibles, le ratio de la dette publique s’est établi à 48,87 % du PIB en 2025, un niveau jugé globalement soutenable.
L’examen du projet de loi de finances 2027 par le Conseil national de Transition constitue désormais une étape décisive. Au-delà des chiffres, les débats permettront d’apprécier la cohérence des choix budgétaires du gouvernement, la crédibilité des prévisions de recettes ainsi que la capacité de l’État à concilier impératifs de sécurité, ambitions de croissance et attentes sociales.
Dans un contexte de transformation économique et institutionnelle, ce budget apparaît comme un véritable test de la stratégie de développement du Mali. Il devra démontrer sa capacité à soutenir la croissance, améliorer les conditions de vie des populations et renforcer la résilience des finances publiques face aux multiples défis auxquels le pays demeure confronté.
Souleymane Coulibaly
