Réuni le 8 octobre 2026 sous la présidence du Capitaine Ibrahim Traoré, le Conseil des ministres du Burkina Faso a adopté plusieurs mesures majeures visant à consolider le tissu industriel national, renforcer le contrôle de l’État sur les secteurs stratégiques de l’économie et améliorer la gouvernance des entreprises publiques. À travers trois textes d’envergure, les autorités burkinabè affichent leur volonté d’accélérer la transformation économique du pays tout en préservant ses intérêts stratégiques.
La première décision phare concerne l’adoption d’un décret fixant une nouvelle liste de produits soumis à une Autorisation spéciale d’importation (ASI) et à une Autorisation spéciale d’exportation (ASE). Ce texte constitue une relecture du décret du 2 octobre 2025 et s’inscrit dans une dynamique de protection de l’industrie locale, devenue l’un des piliers de la politique économique du gouvernement. Selon les données présentées au Conseil des ministres, le Burkina Faso a enregistré depuis 2022 l’installation de vingt-trois unités industrielles de production de détergents et de savons, de deux unités de fabrication de concentrés de tomates ainsi que d’une unité de production de craies. Ces investissements représentent près de 26 milliards de FCFA injectés dans l’économie nationale. Parmi ces entreprises, sept ont bénéficié d’un accompagnement direct de l’État à travers les avantages prévus par le Code des investissements ainsi que les mécanismes de financement mobilisés via l’actionnariat populaire. Face à ces importants investissements, les autorités souhaitent désormais garantir la compétitivité et la rentabilité des unités nationales en limitant l’entrée massive sur le marché de produits importés similaires.
Concrètement, le décret instaure un mécanisme de régulation portant sur l’importation de détergents, savons, eau de javel, craies et concentrés de tomates. L’objectif affiché est de favoriser l’écoulement de la production locale, de préserver les emplois créés et d’encourager davantage d’investissements industriels sur le territoire national.
Le deuxième texte adopté par le Conseil des ministres porte sur un projet de loi relatif à la définition et à la détermination des entités économiques, commerciales et industrielles à caractère stratégique.
Cette réforme modernise la loi datant de décembre 1993 afin de l’adapter aux nouvelles orientations économiques du Burkina Faso ainsi qu’aux exigences actuelles de gouvernance. Le projet de loi introduit plusieurs innovations majeures qui traduisent une volonté affirmée de l’État de renforcer sa présence dans les secteurs jugés essentiels pour la souveraineté nationale.
Parmi les principales dispositions figurent : l’interdiction de la privatisation des entreprises publiques reconnues comme stratégiques ; l’intégration d’un nouveau critère de qualification des entreprises stratégiques, notamment lorsqu’elles bénéficient d’une situation de monopole ; le droit reconnu à l’État d’entrer au capital de toute entreprise considérée comme stratégique pour les intérêts nationaux.
À travers cette réforme, les autorités entendent mieux sécuriser les secteurs clés de l’économie nationale, notamment ceux liés à l’énergie, aux infrastructures, aux ressources naturelles, aux télécommunications ou encore aux activités essentielles à la sécurité économique du pays. Le Conseil a donné son accord pour la transmission du projet de loi à l’Assemblée législative du Peuple pour examen et adoption.
Au titre du troisième décret adopté, le gouvernement a procédé à la modification des statuts particuliers de la société d’État FASO-YAAR. Cette réforme vise principalement à renforcer les capacités de gestion de l’entreprise publique à travers la création d’un poste de Directeur général adjoint, chargé d’assister le Directeur général dans la conduite des activités opérationnelles et stratégiques de la société.
Le décret prévoit également une réorganisation de la composition du Conseil d’administration. Le ministère en charge de l’Action sociale intègre désormais l’organe de gouvernance de l’entreprise en remplacement du ministère de l’Environnement, dont les attributions ont été fusionnées avec celles du ministère de l’Agriculture. Selon le gouvernement, ces ajustements permettront à FASO-YAAR de disposer d’un cadre réglementaire mieux adapté à l’évolution de ses missions et conforme aux dispositions régissant les sociétés d’État.
Au-delà de leur dimension technique, ces trois décisions traduisent une orientation économique de plus en plus affirmée en faveur du renforcement de la souveraineté nationale.
Alassane Guindo
