Dans un entretien sans langue de bois accordé à la presse nationale, le Président algérien Abdelmadjid Tebboune a balayé l’actualité brûlante, de la cherté de la tomate aux équilibres géostratégiques. Un exercice de clarification où le Chef de l’État a assumé ses choix, ses limogeages et sa doctrine de souveraineté.
Face à l’envolée des prix des fruits et légumes qui étrangle les ménages, le Président a tenu à établir les responsabilités. Sur le pouvoir d’achat, le président Tebboune a épargné les « agriculteurs qui ne sont pas à l’origine de la hausse des prix ». « La majorité des agriculteurs n’est pas responsable de la hausse des prix (…) Nous devons sauvegarder le pouvoir d’achat des citoyens. Il y a des responsables locaux que j’ai limogé », a-t-il tranché. Le message est limpide : le problème ne se situe pas dans les champs, mais dans les circuits de distribution, la spéculation et les défaillances locales. Et la sanction est déjà tombée pour certains responsables territoriaux jugés laxistes.
Interrogé sur les dernières prévisions du FMI qui anticipent une baisse drastique des réserves de change de l’Algérie à 29 milliards de dollars à l’horizon 2031, le Chef de l’État s’est montré cinglant et confiant. Le président Tebboune a assuré qu’elles seront plus élevées. « Nous travaillons pour augmenter nos revenus hors hydrocarbures. Ce n’est pas une question de devises. C’est une question de souveraineté », a-t-il dit. Une manière de renvoyer le Fonds à ses projections et de réaffirmer le cap stratégique : sortir de la rente pétrolière pour bâtir une économie diversifiée, où la devise est un instrument, non une finalité.
Sur le volet diplomatique, le Président a revendiqué une politique d’équilibre assumée, à la fois ouverte et non-alignée. Sur l’escale effectuée par le président iranien à l’aéroport d’Alger, le président Tebboune a répondu : « Un président qui demande de se poser dans un aéroport algérien, il est le bienvenu ».Une phrase qui résume la doctrine algérienne de l’hospitalité souveraine. Et de préciser immédiatement sa grammaire internationale : « Nous ne renonçons pas à notre relation avec la Russie, ni avec la Chine, ni les États-Unis », a-t-il dit. Alger parle à tous, ne se soumet à personne.
Le moment le plus ferme de l’entretien concerne la sécurité régionale. Questionné sur la décision d’envoyer des avions militaires au Niger, le Président a révélé le contexte d’extrême tension. Le président Tebboune a répondu aussi : « Le premier ministre nigérien était en Algérie. Dans le même temps, il y a une tentative de coup d’État au Niger. Qu’est-ce cela signifie ? Une provocation à l’égard de l’Algérie ? Moi aussi, je vais envoyer des avions ».Pour le Chef de l’État, la concomitance entre la présence du Premier ministre nigérien à Alger et une tentative de déstabilisation à Niamey ne relève pas du hasard, mais d’un signal hostile auquel l’Algérie se devait de répondre par une démonstration de force dissuasive.
Fatoumata Traoré
