Représentant le pays à la 4ème réunion des dirigeants du Forum sur la vulnérabilité climatique (CVF), placée sous le thème évocateur « Réinitialiser le développement et renforcer la coopération », le Ministre du Plan, de la Coopération Internationale et du Développement, Ismaël Nabe, a livré un plaidoyer pour un financement du développement enfin adapté aux réalités des nations exposées aux chocs climatiques.
Face à un parterre de dirigeants des pays les plus menacés par le dérèglement climatique, le Ministre Nabe a exigé un changement de paradigme. « Nous ne demandons pas au monde de reconnaître notre vulnérabilité. Nous lui demandons de reconnaître notre détermination à transformer cette vulnérabilité en viabilité. »
Pour la Guinée, la vulnérabilité climatique n’est pas une fatalité à déplorer, mais une contrainte structurelle au développement qu’il faut traiter avec des instruments financiers à la hauteur de l’enjeu. Une inondation, une sécheresse ou un glissement de terrain peut effacer en quelques jours des années de progrès patiemment accumulés, contraignant les gouvernements à un choix cornélien : répondre à l’urgence immédiate ou sacrifier l’investissement dans le développement de demain. C’est pour briser ce cercle vicieux que la Guinée a réaffirmé sa volonté de passer de la réaction à l’anticipation.
Le Compact « De la vulnérabilité à la viabilité » (V2V) : Il s’agit d’une véritable révolution conceptuelle. Le Compact propose d’adapter la durée et les conditions des financements à la durée de vie économique et sociale réelle des infrastructures qu’ils permettent de réaliser. Une route, un système d’adduction d’eau, une école, un hôpital ou un barrage hydroélectrique sont conçus pour durer 30, 40 ou 50 ans. Pourquoi les financer avec des prêts à 5 ou 10 ans qui étranglent les budgets nationaux ? La Guinée plaide pour des financements offrant davantage de prévisibilité, de patience et permettant de réaliser pleinement leur valeur pour le développement sur le long terme.
Le Fonds Lifeline : Si le V2V pense le long terme, le Fonds Lifeline sécurise le court terme. Cet instrument novateur prévoit une mobilisation préalable de liquidités en cas de choc climatique. Pour le Ministre Ismaël Nabe, l’enjeu est crucial : disposer de ressources pré-arrangées, disponibles instantanément, permet aux États d’agir dans les 48 heures qui suivent une catastrophe, plutôt que d’attendre des mois que les coûts humains et économiques de la crise ne s’alourdissent exponentiellement.
L’objectif final, comme l’a souligné le Ministre, n’est pas seulement de survivre à la crise climatique. Il est de construire des économies et des sociétés suffisamment résilientes, robustes et prospères pour s’épanouir malgré elle. Une vision qui replace la Guinée au cœur du combat pour une justice climatique et financière mondiale.
Nana Touré
