Ce 17 septembre 2026 à Nairobi, au Kenya, l’élite de la finance centrale africaine s’est donnée rendez-vous. En marge des Réunions annuelles de l’Association des Banques Centrales Africaines (ABCA), s’est tenu un Symposium de haut niveau des Gouverneurs, consacré à une question existentielle pour le continent : comment bâtir une intégration monétaire crédible dans un espace aux trajectoires si divergentes ?
À cette tribune continentale, le Gouverneur de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), Jean-Claude Kassi Brou, a porté la voix de l’UEMOA, forte de plus de soixante ans d’expérience d’union monétaire, la plus aboutie du continent. Les échanges ont porté sur les expériences concrètes des banques centrales africaines et les enseignements susceptibles de soutenir et d’accélérer le processus d’intégration monétaire du Continent, ambition phare de l’Agenda 2063 de l’Union Africaine.
À cette occasion, M. Brou n’est pas venu théoriser, mais partager une pratique éprouvée. Il a exposé avec pédagogie l’architecture singulière de l’UEMOA en matière de cadre de politique monétaire unifié pour des économies structurellement hétérogènes. Le défi est de taille : comment mener une politique monétaire unique pour huit économies dont les cycles, les niveaux d’inflation et les chocs sont différents ? Le Gouverneur a détaillé les trois piliers qui permettent à la BCEAO de tenir cet équilibre : La surveillance multilatérale comme boussole permanente, qui permet de suivre en temps réel les trajectoires budgétaires et macroéconomiques de chaque État membre. La discipline budgétaire comme ancre de crédibilité, sans laquelle aucune politique monétaire commune ne peut être tenable. La gestion des chocs asymétriques, c’est-à-dire la capacité du système à absorber un choc qui frappe un seul pays (crise sécuritaire, effondrement du cours d’une matière première) sans déstabiliser l’ensemble de l’Union.
Le Gouverneur Brou a rappelé une vérité essentielle : l’intégration monétaire n’est pas une simple question de création d’une nouvelle monnaie. C’est d’abord une discipline collective, une renonciation partagée à des souverainetés budgétaires pour bâtir une souveraineté monétaire plus forte. Un message qui résonne avec une acuité particulière à l’heure où le continent débat de l’Eco et de la future monnaie unique africaine.
Fatoumata Traoré
