Le 28 août, le Président de la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD), Serge Ekué, est intervenu lors d’un Solo Fireside consacré au thème « African Agency in a Fractured World Order ». Devant une cinquantaine de cadres dirigeants du secteur public et institutionnels africains, il a livré une réflexion stratégique sur la place de l’Afrique dans un contexte géopolitique marqué par les fractures et les incertitudes.
Son intervention a mis en lumière les réalités de l’Afrique de l’Ouest et les défis auxquels la région demeure confrontée : sécurité alimentaire, énergie et infrastructures. Pour lui, ces trois piliers constituent les leviers essentiels d’une transformation durable, capables de renforcer la résilience des économies et de consolider l’intégration régionale.
Revenant sur la gestion de la crise de la COVID-19, Serge Ekué a insisté sur les leçons à tirer : la nécessité d’accélérer les réponses face aux crises, de moderniser les opérations et de renforcer la résilience institutionnelle. Il a également évoqué le recours à des outils de financement innovants, tels que les obligations durables, qui permettent de concilier rigueur financière et objectifs de développement.
Le Président de la BOAD a partagé son expérience personnelle, marquée par le passage de la banque d’investissement au leadership d’une institution multilatérale de développement. Il a souligné l’importance de l’efficacité opérationnelle, de la gestion des risques, de l’optimisation du capital, mais aussi de la recherche du consensus et de la prise en compte des réalités socio-économiques des pays membres.
Pour Serge Ekué, renforcer l’« African Agency » suppose de réunir plusieurs conditions : Préserver la crédibilité financière et institutionnelle des organisations régionales. Développer l’agilité et la rapidité d’action, afin de répondre efficacement aux crises. Définir des priorités propres, en fonction des besoins régionaux, plutôt que de subir des agendas externes.
Associer rigueur financière et objectifs de développement inclusif, pour bâtir une souveraineté économique durable.
En marge de cette séquence, Serge Ekué s’est entretenu avec le Professeur Abdoulaye Ndiaye, économiste et lauréat du Prix du meilleur jeune économiste africain de Jeune Afrique. Spécialiste reconnu des politiques fiscales, de la macroéconomie et du développement, il a échangé avec lui sur les grands enjeux stratégiques du continent : dette souveraine, financement des infrastructures et développement durable.
Cette intervention illustre une conviction forte : l’Afrique doit passer d’une posture de dépendance à une capacité d’action autonome, en définissant ses propres priorités et en mobilisant ses propres ressources. L’« African Agency » apparaît ainsi comme une nouvelle doctrine de souveraineté, où la crédibilité financière, la résilience institutionnelle et l’innovation deviennent les clés d’une influence accrue dans un ordre mondial fragmenté.
Nana Touré
