Selon le dernier rapport sur les perspectives de développement de l’Afrique de l’Ouest publié par la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC), le Sénégal s’impose désormais comme le moteur de la croissance au sein de l’UEMOA. L’entrée en production des champs pétroliers et gaziers a profondément transformé la structure de l’économie nationale, en dynamisant les exportations et en renforçant la valeur ajoutée du secteur extractif. À cette impulsion s’ajoute une amélioration notable de la production agricole, qui consolide les performances de l’économie réelle.
Avec une croissance de 7,9 %, le Sénégal devance le Bénin (7,5 %) et le Niger (6,9 %), formant le trio de tête des économies les plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest. À l’inverse, le Nigeria, première économie de la sous-région, n’a enregistré qu’une progression de 4 %, malgré la reprise de sa production pétrolière et le dynamisme de ses secteurs non pétroliers.
Après cette année record, la BIDC anticipe un ralentissement de la croissance sénégalaise à 4,1 % en 2026, avant une remontée à 5,7 % en 2027. L’institution explique cette évolution par une phase de normalisation, consécutive au choc positif lié au démarrage de la production d’hydrocarbures.
Toutefois, plusieurs défis demeurent : Dette publique élevée et contraintes budgétaires susceptibles de limiter les investissements publics et les dépenses sociales ; déficit du compte courant persistant, en raison d’importations importantes de biens d’équipement ; dépendance aux cours mondiaux et au respect des calendriers de production pour les recettes issues des hydrocarbures.
Pour la BIDC, les hydrocarbures constituent désormais le principal levier de différenciation de l’économie sénégalaise au sein de l’espace ouest-africain. Leur exploitation a permis au pays d’afficher la croissance la plus élevée de la région en 2025 et ouvre de nouvelles perspectives en matière : d’industrialisation, d’exportations, et de mobilisation des recettes publiques.
À l’échelle de l’Afrique de l’Ouest, la croissance moyenne s’est établie à 4,8 % en 2025, contre 4,7 % en 2024. Cette progression s’explique par le recul de l’inflation, une meilleure gestion macroéconomique et une amélioration de l’approvisionnement alimentaire. Pour 2026, la BIDC prévoit une légère décélération à 4,7 %, suivie d’un rebond à 4,9 % en 2027.
Le Sénégal entre ainsi dans une nouvelle ère : celle du pétrogaz, qui lui confère le statut de locomotive de la croissance ouest-africaine. Reste désormais à transformer cette performance conjoncturelle en une trajectoire durable, inclusive et moins dépendante des hydrocarbures, afin de consolider son rôle de puissance émergente au sein de l’UEMOA et de la CEDEAO.
Souleymane Coulibaly
