A LA UNEFinances rectificatives 2026: Modibo Mao Makalou analyse les défis économiques du Mali

Finances rectificatives 2026: Modibo Mao Makalou analyse les défis économiques du Mali

Le gouvernement malien a adopté une loi de finances rectificative pour 2026, marquée par une hausse significative des dépenses et des recettes, mais aussi par un déficit budgétaire accru. L’économiste malien, Modibo Mao Makalou, ancien sherpa de la Commission de l’Union africaine et du Nepad, ainsi qu’ex-conseiller aux affaires économiques et financières de la présidence du Mali analyse les causes de cette évolution et les implications pour la santé économique du pays.

L’Économiste du Mali : Le gouvernement du Mali a adopté une loi de finances rectificative. Comment interprétez-vous cette rectification et quelles sont les principales sources de cette progression ?

Modibo Mao Makalou : Le Conseil des Ministres du 3 juillet 2026 a adopté un projet de loi portant modification de la Loi n°2025-056 du 18 décembre 2025 portant loi de Finances pour l’exercice 2026. Le projet de loi adopté, modifie la loi de Finances initiale 2026 pour intégrer des mesures nouvelles intervenues en matière de recettes, de dépenses et de charges de trésorerie. On constate une nette progression du budget, tant au niveau des dépenses que des recettes, mais également du déficit. Plus précisément, les dépenses budgétaires sont passées de 3 578,217 milliards FCFA dans la loi de finances initiale à 3 993,319 milliards FCFA dans la loi de finances rectifiée, soit une augmentation de 415 milliards FCFA (+11,6%). La hausse des dépenses courantes est principalement liée aux biens et services, aux subventions et aux paiements d’intérêts. Quant aux recettes, elles ont évolué de 3 057,792 milliards FCFA à 3 372,895 milliards FCFA, soit une hausse de 315,103 milliards (+10,3%). Le déficit budgétaire, lui, s’est creusé, passant de 520,425 milliards à 620,425 milliards de FCFA, soit une augmentation de 100 milliards. (+19,23%)

L’Économiste du Mali : Qu’est-ce qui justifie cette rectification de la loi de finances ?

M.M.M : La loi de finances prévoit et autorise le budget de l’État. Il existe plusieurs types de loi de finances : la loi de finances initiale (LFI) qui contient les prévisions budgétaires en ressources et en charges budgétaires ; la loi de finances rectificative (LFR) qui prend en compte les modifications des ressources et des charges budgétaires lors de l’exécution du budget d’Etat ; et la loi de règlement qui consacre l’approbation définitive du budget d’Etat.

Suite à la mise en œuvre de la loi de finances initiale, les Autorités de la Transition ont décidé de prendre en charge certains secteurs stratégiques. Des subventions spéciales ont été accordées à la Compagnie Malienne des Textiles (CMDT), acteur majeur de la filière coton, secteur névralgique pour notre pays. À cela s’ajoutent des dépenses liées à la sécurité, qui pèsent fortement sur le budget. Ainsi qu’une inscription des nouvelles dépenses au titre des Comptes spéciaux du Trésor.

Pour ce qui concerne les recettes budgétaires, elles concernent essentiellement la hausse des cours internationaux de l’or et du lithium en 2025 et en début de 2026.

L’Économiste du Mali : Peut-on dire que la santé économique du Mali est en pleine croissance ?

M.M.M : Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit une croissance économique d’environ 5,5 % en 2026 alors que la loi de finances initiale tablait sur un taux de croissance de 6,3%. Reste à savoir si ce dernier objectif sera atteint malgré les différentes contraintes sécuritaires, climatiques et économiques. Tout dépendra de l’ampleur de la crise sécuritaire, du prix de l’or, de la crise énergétique et de leur impact sur l’activité économique, donc sur le produit intérieur brut (PIB). Les recettes minières ont progressé, mais les cours internationaux restent volatils et il faut déterminer si elles sont durables ou ponctuelles. Le temps nous édifiera.

L’Économiste du Mali : Le déficit prévisionnel passe de 520,425 milliards à 620,425 milliards de FCFA. Est-ce soutenable dans le contexte actuel ?

M.M.M : Oui pour le moment car  nous restons dans les normes selon les critères de convergence macro-économiques de l’Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA), le déficit budgétaire ne doit pas dépasser 3% du PIB. Le budget 2026 prévoit un déficit budgétaire conforme au plafond de 3 % du PIB fixé par l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), soutenu par une forte mobilisation des recettes intérieures et une maîtrise des dépenses courantes.

Aussi, selon. l’analyse de viabilité de la dette (AVD) de 2025 au titre de l’article IV,  le Fonds Monétaire International (FMI) a estimé que le Mali présentait un risque modéré de surendettement extérieur et public,

L’Économiste du Mali : Comment cette loi rectificative répond-elle aux attentes des citoyens en matière de services publics (santé, éducation, sécurité) ?

M.M.M : On observe une baisse des dépenses consacrées aux investissements publics, au profit du fonctionnement et surtout de la défense et de la sécurité. Or, la sécurité concerne l’ensemble de la population et du territoire national : sans paix, il est difficile d’améliorer les conditions de vie des populations. Cependant, il est crucial de renforcer l’investissement public et de réduire la vulnérabilité des populations à travers la protection sociale.

Des difficultés persistent. La subvention spéciale accordée à la CMDT montre que cette société publique est en crise. La filière coton qui reste encore confrontée à des nombreuses difficultés doit être irrémédiablement redressée afin qu’elle puisse atteindre de nouveau sa production record de 777 000 tonnes en 2021/2022,

Des aides ont également été octroyées à la compagnie malienne d’électricité, (EDM SA) qui connait des difficultés de trésorerie, signe que le service public est partiellement fragilisé. Nous espérons  que ces obstacles seront surmontés au second semestre 2026.En définitive, une gestion saine et transparente des finances publiques est gage de confiance entre les citoyens et leurs représentants. C’est surtout un élément clé pour le développement économique, la justice sociale et la prospérité d’un pays.

Propos recueillis par

Souleymane Coulibaly

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