ECONOMIESActualitésAfrique subsaharienne: une reprise fragile face aux chocs géopolitiques

Afrique subsaharienne: une reprise fragile face aux chocs géopolitiques

Alors que la croissance en Afrique subsaharienne devrait se maintenir à 4,1 % en 2026, la Banque mondiale, dans son rapport État des lieux de l’économie africaine publié en avril, alerte sur une reprise menacée par les tensions au Moyen-Orient, le poids de la dette et des faiblesses structurelles persistantes.

Dans ce document de 16 pages, l’institution financière internationale souligne que la dynamique économique de la région reste portée par la consommation privée et l’investissement, dans un contexte de politique monétaire accommodante. Elle précise que la dépréciation du dollar américain a contribué à réduire les pressions inflationnistes et à améliorer le revenu des ménages. Par ailleurs, les prix élevés du cacao, du café et des métaux précieux ont renforcé les recettes budgétaires et extérieures des pays exportateurs, offrant un répit bienvenu.

Depuis l’aggravation du conflit au Moyen-Orient le 28 février, les marchés africains subissent une volatilité accrue. Les prix du Brent, du gaz naturel liquéfié et des engrais ont bondi, menaçant les saisons agricoles et aggravant l’insécurité alimentaire. Les pays importateurs de pétrole sont particulièrement exposés à une inflation accrue, susceptible de pousser les banques centrales à resserrer leur politique monétaire.

« Le conflit au Moyen-Orient entraîne une double crise énergétique et alimentaire pour les pays africains, à un moment où les gouvernements sont déjà confrontés à des obligations croissantes liées au service de la dette », souligne le rapport.

Les flux d’investissements directs étrangers en provenance du Golfe, qui avaient dépassé 100 milliards de dollars entre 2022 et 2023, risquent de ralentir. Les envois de fonds, essentiels pour des pays comme les Comores ou le Libéria, pourraient également se contracter.

Après une phase de désinflation en 2025 (inflation médiane à 3,7 %), la région devrait connaître une remontée à 4,8 % en 2026, avant un reflux attendu en 2027-2028.

Sur le plan budgétaire, les déficits primaires devraient s’équilibrer dès 2026, mais le poids des intérêts de la dette reste écrasant : dans quatre pays sur cinq, les paiements d’intérêts dépassent les dépenses de santé ou d’éducation. Près de la moitié des États sont classés à haut risque de surendettement.

La Banque mondiale souligne également que la croissance actuelle demeure trop faible pour absorber l’arrivée de 620 millions de nouveaux actifs d’ici 2050. Les politiques industrielles africaines, souvent centrées sur des mesures frontalières (droits de douane, règles de contenu local), peinent à générer une véritable transformation structurelle.

Ces lacunes se manifestent à trois niveaux : Sélection : instruments mal adaptés aux contraintes budgétaires et administratives. Dosage : soutien trop faible ou trop court pour permettre l’apprentissage. Complémentarité : absence d’infrastructures, d’énergie fiable et de compétences.

Les exemples contrastés du parc industriel d’Hawassa en Éthiopie (succès grâce à des investissements préalables en énergie et formation) et de la zone franche de Calabar au Nigeria (échec faute d’infrastructures portuaires) illustrent l’importance des écosystèmes.

La transformation en aval des ressources naturelles peut constituer une voie crédible, mais seulement si deux conditions sont réunies : un pouvoir de marché suffisant et un écosystème national solide. Le corridor de Lobito et la ligne ferroviaire de Simandou en Guinée offrent des opportunités, mais leur impact dépendra de l’architecture politique mise en place.

Khadidiatou Maïga

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