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Entretien avec Modibo Mao Makalou: « En 2025, le Mali a mobilisé 1 193 milliards FCFA à travers 34 émissions de titres »

En l’espace de deux mois, le Mali a réussi à mobiliser près de 149 milliards FCFA sur le marché financier régional, ouvrant ainsi l’année par une levée de fonds d’envergure.

Dans une interview accordée à L’économiste du Mali, Modibo Mao Makalou économiste malien, ancien sherpa de la Commission de l’Union africaine et du Nepad, ainsi qu’ex‑conseiller aux affaires économiques et financières de la présidence revient sur le rôle stratégique d’UMOA‑Titres dans le développement économique des huit pays membres de l’UEMOA. Il met également en lumière les récentes opérations de financement menées par le Mali, illustrant la dynamique fulgurante de ses levées de fonds sur le marché régional. Entretien.

L’économiste du Mali : Monsieur Makalou, quelles ont été les motivations principales derrière cette levée de fonds en ce début d’année ? Comment cette mobilisation s’inscrit-elle dans la stratégie budgétaire et financière du Mali pour 2026 ?

Modibo Mao Makalou : C’est la décision n°CM/UMOA/006/05/2012 du Conseil des Ministres de l’Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA) qui a autorisé le Gouverneur de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) à créer une agence régionale d’appui à l’émission et à la gestion des titres publics des États de l’UMOA dénommée « UMOA-Titres ». C’est aussi sur la base de cette décision du Conseil des Ministres de l’UMOA que le Gouverneur de la BCEAO a procédé à la création d’UMOA-Titres (UT) le 15 mars 2013, sous la forme d’un établissement public international doté de la personnalité juridique et de l’autonomie financière. Le marché régional des capitaux a ainsi été créé par les huit (8) pays membres de l’Union Monétaire Ouest-Africaine (UMOA). Il est constitué du marché monétaire et du marché financier et permet aux Etats membres et aux entreprises de l’UMOA de mobiliser des ressources nécessaires au financement de leurs investissements ou de leurs trésoreries. C’est sur le marché financier que sont émis les titres publics à moyen ou long terme.

L’économiste du Mali : Quels sont les instruments financiers qui sont privilégiés sur le marché des titres publics et pour quelles raisons ?

M.M.M : Le Marché des Titres Publics est l’unique marché régional, par adjudication, exclusivement dédié au financement des États membres de l’UEMOA. En 2025, les 8 pays membres ont mobilisé 11 859 milliards FCFA et en 2026 le montant total mobilisé s’élevait à 12 700 milliards de FCFA. Les émetteurs souverains sollicitent, à travers des procédures adaptées, l’émission de titres publics souscrits par des acteurs spécifiques soit pour leur compte propre ou pour celui de tiers. Les Bons Assimilables du Trésor (BAT) sont des titres de créances à court terme inferieurs à 2 ans, émis par l’Etat par voie d’adjudication. Les Obligations Assimilables du Trésor (OAT) sont des titres de créances à moyen et long terme supérieurs à 3 ans, émis par l’Etat par voie d’adjudication et parfois par appel public à l’épargne. En janvier 2026, les pays de l’UMOA ont levé 1901,9 milliards FCFA dont 468,98 milliards FCFA en BAT et 1432,92 milliards FCFA en OAT. Les taux de rendement dépendront des conditions de liquidité du marché, de la maturité des titres proposés et de la demande exprimée lors de chaque opération.

L’économiste du Mali : Quels effets immédiats les opérations de levée de ressources financières en 2026 auront-t-elles sur la trésorerie de l’État du Mali et sur la gestion de sa dette publique ?

M.M.M : Le vendredi 6 février 2026, le Trésor public malien sur la base de sa stratégie d’endettement a officiellement lancé son programme d’émissions de titres publics pour l’année 2026. L’enveloppe globale à mobiliser s’élève à 1 450 milliards FCFA, soit environ 2,61 milliards de dollars au premier trimestre, 400 milliards FCFA au deuxième trimestre, 430 milliards FCFA au troisième trimestre et 280 milliards FCFA au dernier trimestre 2026. Il s’agit essentiellement d’un montant de 480 milliards FCFA de BAT, destinés à la gestion de la trésorerie à court terme, et de 970 milliards FCFA d’OAT, orientées vers des financements à moyen et long terme.  Cette répartition trimestrielle est un gage de confiance qui permet non seulement d’assurer la liquidité sur le marché financier mais aussi d’offrir davantage de lisibilité et de visibilité aux investisseurs tout en renforçant à travers un calendrier d’émissions de titres publics la constance des interventions du Trésor public sur le marché régional financier. Ainsi en 2026, le Mali à l’issue d’une émission simultanée a mobilisé sur le marché des titres publics de l’Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA) au niveau de la dette intérieure, 44 milliards FCFA le 7 janvier 2026, 55 milliards FCFA, le 21 janvier 2026 et 50 milliards FCFA le 4 février 2026 Le ministère de l’Économie et des Finances estime que durant l’exercice 2026, la politique budgétaire viserait à maintenir un solde global compatible avec la viabilité et la soutenabilité de la dette publique grâce à une augmentation des recettes fiscales et indique que l’encours de la dette publique rapporté au PIB s’élevait à 42,3 % dans la loi de finances rectificative et serait estimé à 43 % dans le projet de loi de finances 2026. Ce niveau reste largement en dessous du seuil de 70 % du PIB fixé par les critères de convergence de l’UEMOA.

L’économiste du Mali : En quoi cette levée de fonds peut-elle contribuer au financement des investissements publics, notamment dans les infrastructures et les services sociaux ?

M.M.M : Les dépenses budgétaires financent les dépenses ordinaires et les dépenses en capital. Le rythme d’augmentation des dépenses courantes (dépenses de fonctionnement) devrait ralentir en vue d’atteindre 13,1 % du PIB en 2026 contre 13,6 % en 2025 tandis que les dépenses en capital (dépense d’investissement) connaîtraient une augmentation en pourcentage du PIB en s’élevant à 4,4% en 2026 contre 4,2 % en 2025. Dans la loi de finances initiale 2026 du Mali, les crédits de paiement des dépenses ordinaires (dépenses de fonctionnement) pour 2026 sont évalués à 2 569,617 milliards F CFA contre 2 409,178 milliards F CFA dans la loi de finances rectifiée 2025, soit une augmentation de 160,439 milliards F CFA ou un taux de progression de 6,66%.

Les dépenses ordinaires (dépenses de fonctionnement) se déclinent en dépenses de personnel, d’acquisitions de biens et services, de charges financières, de transferts et subventions et des dépenses en atténuation des recettes. Les dépenses en capital (dépenses d’investissement) sont constituées de dépenses d’investissements exécutés par l’Etat et de dépenses de transferts en capital. Pour 2026, les autorisations d’engagement pour les dépenses en capital sont évaluées à 1 092,295 milliards de F CFA contre 1 046,184 milliards de F CFA dans la loi de finances rectifiée 2025, soit une augmentation de 4,41%

L’économiste du Mali : Enfin, le recours au marché financier régional est-il un outil suffisant pour financer durablement le développement du pays, ou présente-t-il des limites ?

M.M.M : La dette publique est l’ensemble des engagements financiers sous forme d’emprunts contractés par un État, ses collectivités, des organismes et ses entreprises (qui dépendent de sa tutelle). La dette intérieure est contractée à l’intérieur du pays en monnaie locale et la dette extérieure en monnaies extérieures (devises). On pourrait constater que le déficit budgétaire persistera en 2026 malgré une diminution constante récemment, 581 milliards FCFA dans la loi de finances initiale 2025, 540 milliards FCFA dans la loi de finances rectificative et 520 milliards FCFA dans le projet de loi de finances 2026.

En 2025, le Mali avait déjà mobilisé 1 193 milliards FCFA à travers 34 émissions de titres, confirmant l’importance stratégique du marché financier régional dans sa politique de financement des dépenses budgétaires. Le secteur bancaire national surtout les 3 banques nationales aux actifs les plus importants demeurent incontournables dans cette stratégie de financement de la trésorerie de l’Etat et de son déficit budgétaire. En 2025, les banques maliennes ont souscrit près de 58 % des titres émis, soit environ 686 milliards FCFA, selon les chiffres de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers du Mali (APBEF-Mali). La mobilisation de 1450 milliards FCFA en 2026 auprès des investisseurs devrait faire l’objet d’une plus grande diversification de la stratégie d’endettement auprès des investisseurs nationaux et étrangers afin d’éviter une concentration des risques de la dette souveraine sur un nombre restreint de grandes banques nationales ce qui pourrait amener un effet d’éviction du secteur privé pour les investissements et les ménages pour la consommation au niveau du crédit bancaire national sans compter la détérioration des ratios prudentiels des banques nationales souscriptrices.

Propos recueillis par

Souleymane Coulibaly

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