Alors que le Venezuela détient près de 20 % des réserves mondiales de pétrole, les États-Unis, dont les ressources ne représentent que 2,9 %, ont lancé le week-end dernier une action militaire visant à neutraliser le président Nicolas Maduro de la présidence de son pays. Au-delà du discours officiel sur la démocratie et les droits humains, cette intervention révèle une lutte stratégique pour le contrôle des ressources énergétiques mondiales.
Le rapport 2024 de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) confirme une réalité incontournable : le Venezuela est assis sur un trésor énergétique colossal. Avec près de 303 milliards de barils de réserves prouvées, soit environ 19,4 % des réserves mondiales, Caracas occupe une position dominante dans l’équilibre énergétique international. À titre de comparaison, les États-Unis ne disposent que de 47 milliards de barils, soit 2,9 % du total mondial. Cette disproportion explique en grande partie l’intérêt stratégique que Washington porte au Venezuela. L’intervention militaire américaine, marquée par la séquestration du président Nicolas Maduro, ne peut être comprise sans prendre en compte cette donnée fondamentale.
Officiellement, l’administration américaine justifie son action par la nécessité de mettre fin à un régime jugé autoritaire et illégitime. Les élections organisées par Maduro sont régulièrement dénoncées comme frauduleuses, et la répression des opposants a alimenté un discours international sur la défense des droits humains.
Cependant, derrière cette rhétorique politique se cache une logique géoéconomique. Le contrôle des immenses réserves vénézuéliennes offrirait aux États-Unis une sécurité énergétique accrue, réduisant leur dépendance aux importations et leur vulnérabilité face aux fluctuations du marché mondial. De plus, une présence américaine au Venezuela permettrait de limiter l’influence de puissances concurrentes telles que la Russie, la Chine ou l’Iran, alliés traditionnels de Caracas.
Le Venezuela, membre influent de l’OPEP+, joue un rôle clé dans les négociations sur la production et les prix du pétrole. En s’imposant dans ce pays, Washington cherche à remodeler l’équilibre énergétique mondial, à stabiliser les cours du brut et à renforcer sa position dans les rapports de force internationaux.
Ce n’est pas la première fois qu’un président américain engage une telle opération. En décembre 1989, sur ordre du président George Bush père, 27.000 soldats américains envahissent le Panama pour renverser le général-président Manuel Noriega. L’opération, baptisée « Juste Cause », entraîne la prise de la capitale le 20 décembre au prix de 500 morts. Après s’être réfugié à l’ambassade du Vatican, Noriega se rend le 3 janvier 1990. Condamné par un tribunal de Floride à 40 ans de prison pour trafic de drogues, il sera détenu successivement aux États-Unis, en France et au Panama, jusqu’à sa mort en 2017.
En définitive, l’action militaire américaine au Venezuela illustre une constante de la géopolitique contemporaine : derrière les discours sur la démocratie et les droits humains se cachent souvent des enjeux de ressources. Le pétrole, plus que jamais, demeure le levier central des stratégies de puissance.
Souleymane Coulibaly
