En marge des réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale, le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie a exhorté, le 16 avril 2026 à Washington, à une traçabilité renforcée de l’or afin de contenir l’expansion de l’exploitation artisanale illégale et ses effets déstabilisateurs sur les économies et les communautés.
Invité à une rencontre réunissant le G7, des pays producteurs et acheteurs d’or, le World Gold Council et des acteurs privés, Mamadou Sangafowa-Coulibaly a mis en garde contre l’intégration de l’or issu de circuits parallèles dans les chaînes formelles. Selon lui, les efforts isolés des États ou des régions ne suffisent pas : seule une réponse coordonnée à l’échelle mondiale peut endiguer ce phénomène tentaculaire.
Le ministre a proposé de s’inspirer du modèle du Processus de Kimberley, qui encadre la traçabilité des diamants, pour bâtir un mécanisme global de certification de l’or. L’objectif est de transformer l’orpaillage artisanal en un secteur structuré, générateur de valeur et d’emplois, plutôt que de le laisser alimenter l’économie informelle et la vulnérabilité des communautés.
Mamadou Sangafowa-Coulibaly a également insisté sur la nécessité de réguler strictement les intrants critiques tels que le mercure et le cyanure, largement utilisés dans l’orpaillage clandestin malgré leur interdiction dans de nombreuses juridictions. Ces substances, a-t-il alerté, provoquent des effets irréversibles sur les sols, les ressources en eau et la santé des populations.
La Côte d’Ivoire appelle à la mise en place d’un cadre international structuré, associant États, institutions financières et acteurs privés, sous l’impulsion de la Banque mondiale. À l’échelle régionale, le ministre a souligné le rôle clé de la CEDEAO et de l’UEMOA pour harmoniser les politiques minières et contenir les flux transfrontaliers.
Chaque année, près de 435 tonnes d’or échappent aux circuits formels sur le continent, alimentant des flux financiers illicites et fragilisant les recettes publiques. La Côte d’Ivoire illustre cette réalité : 142 tonnes d’or sont sorties des circuits officiels, représentant un manque à gagner estimé à 4 600 milliards FCFA.
Le ministre a rappelé que l’État ivoirien a déjà démantelé plus de 7 000 sites illégaux, mis en œuvre un nouveau Code minier et déployé un Programme national de rationalisation de l’orpaillage. Ces initiatives traduisent une volonté politique forte, mais nécessitent désormais un appui international pour produire des résultats durables.
Korotoumou Sylla
